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Dans son édition du 1er et dimanche 2 novembre, l’Echo nous apprend que des bidons de pesticides traînent en pleine nature sur les collines de Thiron-Gardais dans la région de Nogent le Rotrou, délaissés par les agriculteurs du coin. C’est un peu comme si on avait retrouvé l’arme du crime sur le lieu même où il s’est commis. Ce qui est étonnant, c’est qu’on semble attacher plus d’importance à l’objet du crime qu’au crime lui-même, à savoir l’épandage de produits toxiques sur les terres agricoles, ce qui constitue un empoisonnement.
Ah! Si ces malotrus de ploucs irresponsables* avaient dissimulé l’arme de leur forfait, ma foi, on ne s’en serait pas soucié outre mesure. Dans la Beauce comme dans le Perche, l’emploi de pesticides à hautes doses est autorisé depuis fort longtemps, mais qu’on laisse ces bidons dégueulasses en bordure de champ à la vue de tous, notamment aux enfants qui pourraient y toucher, il ne faut pas exagérer. Passe encore que les ploucs* répandent à tout va et à tous vents ces saloperies qui polluent gravement les sols, contaminent les nappes phréatiques, détruisent une partie de la biodiversité et font multiplier par trois le nombre de cancers, tout cela on le sait, mais au moins qu’ils ne se fassent pas remarquer en exposant à ciel ouvert ces bidons de substances chimiques qui sèment la mort.
C’est, en substance, ce que reconnaît le maire de Nonvilliers-Grand’Houx quand il dit, je cite : « qu’il n’y peut rien si les agriculteurs traitent leurs terres, mais je peux comprendre que les dépôts de bidons peuvent choquer. » Du moment que l’on ne voit rien, hein ! … C’est un peu comme pour les déchets nucléaires, c’est propre et invisible. Sauf que les pesticides sont responsables de 90 % des cancers, lesquels touchent une population de plus en plus jeune, que la France est la championne de la quantité utilisée et que, même en la réduisant de 50 % comme le gouvernement l’envisage pour la décennie à venir, et dans le cas où il respecterait ses promesses et les mesures prises au Grenelle de l’environnement, cela ferait encore une grosse quantité de pesticides répandues sur les terres de France qui ne profitent non pas au bien commun, vous vous en doutez, mais uniquement aux industries chimiques et agrochimiques qui s’en mettent plein les poches, alors qu’il faudrait au nom de la santé publique les démanteler et les détruire. Et on vient d’apprendre par un rapport scientifique rendu public dernièrement que les résidus de pesticides dans les fruits et légumes ont augmenté ces dernières années en Europe, et que la France, encore elle, est dans le peloton de tête avec des doses qui s’approchent des 50 %. Ah, mais pour les ploucs, c’est le progrès ! On ne peut rien y faire, mémère. Et ce progrès-là, ça fait belles lurettes qu’ils nous est servi ! Tenez, les engrais chimiques ont fait leur apparition au XIX siècle. Il fallait voir comme les paysans ont mordu à l’hameçon. Que du bon on leur promettait pour leurs terres ! Plus d’insectes ni de parasites qui détruiraient leurs cultures avec en prime un rendement supérieur. Ce n‘est pas d’hier qu’on détruit la nature et que la science, plutôt que d’œuvrer pour le bien être de l’humanité, est au service de l’agrochimie et des multinationales.
Il en faudrait des dizaines, des centaines, des milliers comme Bertrand Pouchin** pour dénoncer ces pratiques scandaleuses que de gros ploucs sans vergogne utilisent sans se soucier de l’environnement et du risque qu’ils font courir à l’ensemble de la communauté humaine. Pourtant eux aussi sont touchés par le cancer, vu qu’ils sont les premiers exposés. Mais non, ils tirent à hue et à dia pour toucher des subventions et des primes à l’hectare. Ils n’ont pas encore compris que la vie et la santé n’ont pas de prix et que par leur comportement nuisible, ils participent à la destruction du monde.
Willy Proust
* Je ne mets évidemment pas tous les paysans dans le même sac. Heureusement qu’il y a des agriculteurs écologistes respectueux de l’environnement.
** Bertrand Pouchin est la personne qui a alerté la municipalité de Nonvilliers-Grand’Houx de ces bidons de pesticides laissés à l’abandon.