Il est temps de se faire la malle ou la valise, au choix.
Le blog des Verts d’Eure-et-Loir prend congés de vous.
Il reviendra avant la rentrée de septembre.
En attendant, il vous offre un poème.
Un peu de rêve dans vos bagages
La valise du Trans-Beauce
Je suis dans le Trans-Beauce, au milieu de cette mer ondulante et soyeuse.
Le train se fraye un passage dans cette blondeur qui s’allonge à l’horizon
Les blanches éoliennes apportent un peu de relief à ce plat paysage
La terre est bien généreuse pour donner autant de blé qui partira jusqu’à Marseille.
Cette terre qu’on épuise, cette terre qu’on empoisonne en épanchant des pesticides
Pour un meilleur rendement et de gros dividendes à l’agro-business
Que les Beaucerons nomme avec fierté le grenier de la France
L’eau qu’ils boivent, par contre, n’a plus la pureté et la clarté d’autrefois.
Seuls dans la cabine de leur tracteur, les paysans se protègent de leur futur cancer
Mais la logique du profit à outrance ignore les prophéties dantesques.
La maladie ravageuse est mis sous traitement intensif dans les services spécialisés
Les laboratoires font leur blé avec les pertes des industries céréalières
Main dans la main pour se remplir les poches au détriment de la santé publique
Et moi dans mon train qui tranche la Beauce à travers ces champs dorés
Les cumulo-nimbus s’élèvent dans le ciel en une flottille de rouleaux gonflants
Sous le vent, La marée ondule par vagues successives et balancées
Seul le bruissement se propage aux autres champs en un chuchotement harmonique
Le train Trans-Beauce glisse sur les rails et se met à siffler d’encensement
C’est le moment d’ouvrir ma petite valise qui renferme une variété de graines millénaires
Que je vais ensemencer à la volée pour que les espèces se mélangent et se nourrissent
Réciproquement en apportant une profusion de couleurs et de parfums qui fait tant défaut
A ces monocultures de la performance et de l’ennui qui ne tolèrent aucune variation.
Sur l’indice de l’étalon industriel, les coquelicots, les colchiques et les achillées sont classés indésirables.
Aucun buisson pour freiner le train, aucune haie d’aubépine pour griffer sa coque métallique
Il trace en ligne droite vers les deux clochers de la cathédrale de Chartres qui pointent au loin.
Mais une courbe se dessine. Mon wagon décroche de la voie unique.
Il déraille et file sans retenu au milieu des champs de blés qui se couche sur son passage.
Puis, il se met à tourner sur lui-même, n’oubliant pas qu’il en en transe
Et ma valise printanière tourne aussi, mais dans le sens opposé en disséminant ses dernières graines dans le wagon qui ralentit son mouvement pour s’immobiliser, enfin.
Ivre de tourbillons, je descends du train en titubant avec ma petite valise à bout de bras.
Si légère par ce temps de la pollinisation et du rhume des foins.
Je retourne la remplir de graines florales et potagères que je répandrai pour le mois du floréal
Dans les champs, au bord des routes et des chemins, sur le gazon des résidences
Je suis le jardinier qui sème la vie dans l’univers de la rentabilité.
Je me dépêche, les machines ne savent pas encore détecter les valises aux semences prohibées.
Willy Proust