Les Verts ne peuvent que se féliciter de ta libération, toi qui a tant fait pour la cause de l’écologie et la démocratie en Colombie, dans ce pays où sévit une guerre civile qui dure depuis si longtemps qu’on ne sait plus quand elle a réellement commencée.
De nombreux Verts t’ont rendu hommage et ont réitéré leurs liens d’amitié et de solidarité, et cela n’est que mérité. Mais qu’ils fassent tout de même attention à ne pas trop en faire, car à ce rythme, ils vont te sacraliser, toi qui d’ailleurs a entamé un pèlerinage hyper médiatisé à l’église Saint-Sulpice de Paris, pour se finir à Rome, peut-être? A la grande satisfaction de notre Président de la République qui depuis le début veut profiter pleinement de cette heureuse libération pour te récupérer et bénéficier de ton aura..
Comment, Ingrid, as-tu pu te laisser manipuler par ce roi de l’esbroufe au point d’accepter de participer à toutes les cérémonies officielles et recevoir de ses mains la légion d’honneur ? Nous sommes nombreux à ne pas comprendre. On admet volontiers que six ans en captivité dans la jungle colombienne laissent des traces et des cicatrices qui ne sont pas prêtes à se refermer, que la raison peut vaciller et que la folie ou la mort rôdent en permanence autour de soi. On sait tout cela. Mais qu’une fois libérée, tu embrayes aussitôt une tournée française digne d’une star ou d’une sainte sans avoir eu le temps de récupérer, on est en droit de se demander si c’est bien la même Ingrid qui nous revient. Et on commence sérieusement à douter de tes motivations, mais aussi de tes conditions de captivité.Ce qui est surprenant, vois-tu, c’est que tu sembles guère affaiblie et éprouvée par cette terrible épreuve, contrairement au reportage réalisé en novembre 2007 qui nous a montré une Ingrid à bout de force. Tes ravisseurs semblent t’avoir bien "retapés" depuis.
Tu ne t’es peut-être pas aperçu pendant ces six longues années aux mains des FACS que le monde avait changé, que la France était devenue une république bananière, que sa démocratie allait à vau l’eau et qu’elle était corrompue jusqu’à l’os.
Si je peux te donner un conseil, Ingrid, c’est de quitter ce pays réactionnaire et fascisant au plus vite et de retourner en Colombie auprès des tiens d’abord, auprès du peuple ensuite pour poursuivre ta mission, non pas évangélique, mais écologique et humaniste que tu avais su mener avec brio. Quant à la légion d’honneur, je serais toi, Ingrid, je la renverrais au président Sarkozy pour lui apprendre d’avoir joué de toi.
Willy Proust