Quand je pense que l’écologie politique a quarante ans et que nous sommes toujours dans le même système capitaliste et productiviste, je me dis que les choses n’ont guère bougé. Elles ont avancé, certes! Une prise de conscience s’est amorcée et s’est répandue dans toutes les couches de la société. Les gens se préoccupent davantage de leur environnement, tout simplement parce qu’ils l’ont vu se dégrader, mais de là à s’impliquer davantage, à changer leur comportement et leurs habitudes de vie, il n’y a qu’un pas qu’ils n’osent pas encore franchir. La raison en est simple, ils sont issus de la société de consommation qui les a poussés à consommer toujours plus, c’est à dire aussi à gaspiller, à polluer et à participer consciemment ou pas à la grande braderie environnementale, à la raréfaction des ressources naturelles et au pillage des pays du Tiers-monde. Inconsciemment ou pas, les populations des pays riches n’ont certainement pas voulu remettre en cause leur mode de vie, laquelle baigne dans le confort, la gabegie, la facilité et l’individualiste. résultat de l’esprit ambiant: la droite la plus réactionnaire et la moins écologiste est au pouvoir et s’apprête à lancer un nouveau programme nucléaire qui lui permettra de s’en mettre plein les fouilles sans se soucier de la contamination générale radioactive qui risque de subvenir.
Quarante ans d’écologie politique, et nous sommes dans une crise écologique généralisée, les pieds dans la merde ou dans le mazout, à attendre je ne sais quel sauveur et rédempteur qui nous sortira de là. Pourtant, dès les années 1970 , les écolos avaient commencé à sonner le tocsin. Le journal pionnier de l’écologie politique: "La Gueule ouverte" venait de paraître et se trouvait dans tous les kiosques. René Dumont, agronome et pacifiste s’était introduit dans le débat des élections présidentielles, le journal "Actuel" première formule relayait les actions militantes et les projets de retour à la terre, des communautés et des alternatives à la société de consommation, rien n’y fit. Les écolos étaient rejetées par la grande masse des gens qui les prenaient soient pour des doux rêveurs, des allumés du bocal, des intégristes purs et durs qui voulaient revenir à l’âge de pierre. Il faut dire que les partis de gauches à commencer par les plus grands: le PS et le PC, n’ont guère participé à une conscience écologiste du fait que, premièrement, cela ne faisait pas partie de leur culture politique et idéologique et que, deuxièmement, ils étaient partisans du productivisme et du libre marché, autrement dit de la compétitivité, de l’accumulation des biens et des capitaux. Hé oui, même les camarades communistes! Il suffit de voir ce qu’est devenue la Chine, passant d’une dictature maoiste à une dictature du marché. Quant à l’extrême gauche, elle était toujours accroché à ses dogmes et à la lutte des classes. Pour eux, nous n’étions que des petits bourgeois.
Quarante ans après, alors que nous sommes au bord du naufrage, tous les partis politiques confondus ont repris plus ou moins dans leur programme la question écologique et la nécessité de respecter les équilibres fondamentaux sous peine de disparaître à moyen terme de la surface de la terre, mais dans la pratique, tout ce petit monde traîne les pieds et aucun Etat de l’union européenne n’a eu le courage de prendre le problème à bras le corps et d’annoncer des mesures énergiques, c’est à dire radicales et révolutionnaires, tout simplement parce qu’il y a encore trop d’intérêts mercantiles à défendre. Pourtant, il ne s’agit plus de tergiverser, l’urgence est là: il faut revoir au plus vite notre modèle de vie, relocaliser l’économie, transformer le système social afin que le collectif et l’intérêt commun prime sur l’individualisme et le chacun pour soi, redistribuer les richesses qui sont aux mains et dans les coffres forts de quelques uns, etc.
En France, avec Sarkozy au pouvoir, c’est plutôt mal barré pour aller dans ce sens. Mais, ne nous faisons pas d’illusion: avec une gauche socio-libérale aux commandes, le problème resterait entier. C’est d’abord aux citoyennes et citoyens ( si ce mot veut dire encore quelque chose) de se bouger, d’appliquer sans plus attendre des mesures écologiques dans leur vie quotidienne, de résister et de se battre contre le rouleau compresseur de l’ultra libéralisme prédateur et destructeur. Et puis, si vraiment, l’écologie est pour eux la première préoccupation, qu’ils viennent rejoindre les écologistes et les Verts, ou du moins qu’ils les soutiennent pour que la vie change vraiment et que l’avenir ressemble à quelque chose. A nous de choisir entre le grand bond ou la chute vertigineuse.
Willy Proust
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