Science sans conscience est la ruine de l’âmeUn député au service des multinationales
Rencontre avec Philippe Vigier, député d’Eure-et-Loir
Nous étions trois le vendredi 2 mai : Jean-Marie O., Patrice A. et moi-même pour rencontrer le député Philippe Vigier (UMP) à la mairie de Cloyes dont il est le maire, afin de connaître sa position sur les OGM et déclencher un débat avec lui dans le cas où il accepterait d’entendre nos arguments.
Vigier nous attendait dans son bureau et nous a entendus pendant une heure. Enfin, c’est plutôt nous qui l’avons entendu, car ce député maire à une aisance certaine pour manier la langue, et son aspect fringuant, avenant et enjôleur facilite la manœuvre. Le risque avec lui, c’est qu’il nous amène sur son terrain de prédilection, celui de la science, car ce député de la 4ème circonscription de l’Eure-et-Loir a une formation de biologiste. Il occupe le poste de directeur au laboratoire de Châteaudun. Il paraît même qu’il en dirige d’autres. Tout cela pour dire que ses portefeuilles sont bien garnis aussi bien dans sa vie professionnelle que dans celle d’élu où il accumule les mandats à sa grande satisfaction. En plus de ses mandats de député et maire, Il est également conseiller régional.
D’emblée, il nous a annoncé la couleur, à savoir qu’il voterai le texte qui autorise les cultures d’OGM en plein champ, mais en ajoutant tout de suite après qu’il connaît les risques relatifs à ce genre de culture et qu’il est nécessaire de mettre des gardes-fous à cette autorisation par un encadrement et un contrôle. Nous avions beau lui rétorquer que le problème justement avec les OGM, c’est sa prolifération et la contamination des autres cultures : bio et traditionnelle, il ne voulait pas en démordre : la science règlerait tout ça. En outre, il plaide pour qu’il y ait une Autorité Européenne pour remplacer la Haute Autorité Scientifique qu’il ne juge guère compétente et convaincante. Etonnant pour un homme de science qui ne voit que par elle. D’ailleurs, nous avions du mal à apercevoir l’élu tellement son discours et ses points de vue se plaçaient sur le terrain scientiste. Il débordait du sujet pour aborder le problème de l’hygiène à laquelle il attache une grande importance Pour lui, les Français sont sales, ils ne se lavent pas suffisamment les mains et ils ont les pieds qui puent le fromage. Justement, il est venu à parler fromage, et plus précisément du fromage de chèvre qui développe une bactérie au-dessus de 4° centigrades comme par exemple la salmonelle. Si on écoutait Vigier, c’est simple, les petits producteurs de fromage au lait cru pourraient mettre la clef sous la porte et une pâtisserie sur deux devrait fermer. Les petits commerçants apprécieront.
Voulant le ramener à la raison et à son rôle d’élu, nous lui avons fait remarquer que les cultures d’OGM posaient non seulement des problèmes scientifiques, mais aussi économiques et sociaux, mais notre député balaye cela d’un revers de main, convaincu que la science est l’avenir de l’homme et de la planète et qu’elle seule pourra résoudre les problèmes qui se rencontreront.
Et la monoculture qu’entraîne forcément l’agriculture intensive et d’OGM ? Jean-Marie O., agriculteur, lui a fait part de son expérience et de son savoir en expliquant que les monocultures étaient une atteinte à la biodiversité, qu’elles étaient responsables de la prolifération de virus, maladies et parasites destructeurs que seul une agriculture variée et protectrice de l’environnement pouvait empêcher, Philippe Vigier ne l’écoutait que d’un air amusé. Il convenait certes de la pertinence de ses propos, mais bon, on en n’est plus là. Cette agriculture est dépassée comme notre combat contre les OGM qu’il comprend, qu’il respecte, mais à l’heure de la mondialisation, il faut se mettre à la page. Tel semblait nous laisser entendre Philippe Vigier qui ne voit l’économie qu’à travers la compétitivité et le productivisme comme lui ont enseigné ses maîtres et ses mentors.
Avant de le quitter, nous lui avons remis un texte sur l’histoire de Monsanto qu’il nous a promis de lire et en jurant, la main sur le cœur, qu’il n’avait pas été acheté par cette multinationale, ce que l’on veut bien croire, mais le problème, c’est que lui comme ses semblables font son jeu, l’aide à s’implanter et s’imposer partout comme ils aident et soutiennent la puissante FNSEA et sa conception productiviste et intensive de l’agriculture.
Willy Proust