Le tour de choeur
mercredi 30 juin 2010 à 08:34Aujourd’hui, cette oeuvre de style mi-flamboyant mi-renaissance ne fait pas l’unanimité. On sent que sa rénovation n’est pas une priorité et que la poussière s’accumule sur la quarantaine de niches qui sont consacrées à la vie de la Vierge et de Notre Seigneur. Il est vrai que l’ensemble a été terminé sur près de deux siècles (de 1519 à 1714) et que différents sculpteurs ont donc imprimé leur patte avec plus ou moins de bonheur : les douze premiers groupes sont l’oeuvre d’un artiste parisien, Jean Soulas. François Marchand d’Orléans puis Nicolas Guybert, un imagier, Thomas Bondin, l’arlésien Jean de Dieu, Jean Tuby, Simon de Mazières ont apporté une contribution plus ou moins importante. Un artiste encore indéterminé a composé par moins de huit groupes vers 1520.
Au final, l’impression globale reste forcément un peu hétéroclite. Un groupe retient peut-être davantage l’attention, celui de l’Adoration des mages, qui fait face au vitrail de la Belle Verrière, avec des personnages en costumes du temps de François 1er et une mignonnette Marie si juvénile tenant dans ses bras menus un gros Jésus poupin qui s’agite dans tous les sens. Un effet sans doute de l’opération du précédent tableau, la Circoncision.
Ce Tour du Choeur si richement lancéolé, si pompeux, si pâtissier en un sens, surtout si, cerise sur le gâteau, on ajoute la statue de la monumentale statue de la Vierge du fond de la nef, digne représentante de la sculpture pompière, est le signe même de la coupure volontaire entre les chanoines et le commun des mortels, ces ouailles que l’on traite avec un vague mépris.
Pourquoi ces stalles de bois personnalisées, pourquoi tant de décorum, d’artifices, sinon pour impressionner le vulgus pecus ? Pourquoi tous ces ors, tous ces marbres pour ceux qui prêchent l’humilité et la pauvreté ? C’est prendre ces chrétiens pour de misérables pêcheurs et des enfants de choeur de penser que les "pros" de la religion sont au-dessus des réalités matérielles et aussi peu exemplaires que nos politiciens d’aujourd’hui. Sic transit gloria mundi…
Maître Renard, "Les nouvelles mystérieuses de la cathédrale de Chartres" (18)
