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Sous l’aisselle de Bairute (3)

Par MPM • vendredi 06 avril 2007 à 06:46 • CatĂ©gorie: Histoire
Voici le 3ème chapitre de Sous l’aisselle de Bairute, roman-feuilleton en 63 épisodes. Les précédents ont été publiés les 1er et 4 avril. C’est l’histoire d’une ville moyenne imaginaire sous la férule d’un édile municipal mégalomane et tyrannique. Chers lecteurs, vous allez trembler à l’idée que ce cauchemar devienne réalité…

Première partie. Une sacrée brochette de cons.

Chapitre 3. Fils de con, con lui-même.

Si le maire fulminait, son principal opposant, au contraire, avait un mal fou à sortir de sa léthargie. Il était avant tout le fils de l’ancien maire, le fils de Fernand. Par dérision, ses proches le surnommaient «Nan-Nan Dernier». Il faut avouer que l’héritage était lourd à porter puisque le paternel avait régné sans partage sur Bairute pendant presque un quart de siècle. A l’ombre des chênes, rien ne pousse, pas même les champignons, racontent les doctes anciens…

Le fils de Fernand, Nan-Nan Dernier, était un alcoolique notoire. Il tentait pourtant de succéder à son éléphant de père dont il n’avait pas la trompe de gauche. Le genre «cornu» ou «couillu», si vous voyez ce que je veux dire… Depuis le suicide du paternel, trois semaines avant le terme de son quatrième mandat, le fils avait un peu plus sombré dans l’alcool, la dépression et l’auto-dévalorisation. Maintenant, vous comprenez mieux pourquoi la disparition de Fernand avait laissé la gauche locale dans un marasme dont elle n’était pas prête de sortir, agonisant à petit feu de con…

Fernand s’était donc suicidé. Comme Ernest Hemingway, avec un fusil de chasse à canon scié et une cartouche de chevrotines. Au moins, il avait été radical jusqu’au bout, même dans la mort. Chêne il avait été, souche il était devenu. Pourtant, la rumeur disait que sa sépulture, dans l’intimité, avait été chrétienne, célébrée par un étrange abbé, alors même qu’il avait bouffé du curé durant toute sa vie. Une histoire de dingues…

La succession de Fernand avait été aussi problématique que celle du Général : Pompidou, Giscard et son accordéon magique, Chirac… De clone en ersatz, la génétique apprend qu’à la longue, les mariages consanguins ne produisent que des dégénérés. Une dégénérescence qui n’épargnait pas les partis politiques : aussi bien le Parti Populaire (de droite) que le Parti du Rassemblement (de gauche) étaient visiblement en décadence, en fin de cycle.

Tout le monde attendait les prochaines élections pour exprimer le ras-le-bol généralisé. Ceux qui n’allaient pas à la pêche, écœurés des mœurs politiques, se demandaient s’ils allaient voter extrême ou utile ou si, plus prosaïquement, ils n’allaient pas déchirer leur carte d’électeur.

Dans ce contexte d’usure du pouvoir jusqu’à la corde, d’une ville en crise économique sociale et morale, le fils de Fernand n’apparaissait même pas comme un recours sérieux. Trop de problèmes persos. Il ne suffit pas d’être le fils de son père pour hériter du talent. David Hallyday restera le fils de Johnny, n’est-il pas ? Nan-Nan Dernier portait son nom comme une croix. Car pour handicaper son gamin dans la vie, le père Fernand avait fait fort…

Le brave Fernand, ce chef de clan, se nommait Gland, Fernand Gland. Vous vous doutez bien que ses ennemis le surnommaient Fernand «Le Gland», et son fils «Le Glandeur». Autant le père s’était fabriqué une réputation de seigneur rendant la justice sous un chêne tricentenaire, tel saint Louis, autant les compères et les commères disaient du fils qu’il la rendrait comme un gland… Amis lecteurs, après tout, si vous n’êtes pas contents, les jeux de mots à la con, vous les faites vous-mêmes…

Ainsi, le fils de Fernand était un con. Pas du tout le même genre que le maire, mais un con de chez con quand même. Un partout, la balle au centre. C’est pour vous dire le merdier dans lequel trempait Bairute et la dimension cornélienne du choix de l’électeur : «Pour quel con ne vais-je pas voter ?». Telle était la question à la con que se répétait à l’infini votre serviteur.

A suivre. Prochain chapitre : "On ne choisit pas sa connerie…"


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