La taupe
Par MPM • mardi 04 avril 2006 à 18:09 • Catégorie: Agglo • Un maire de l’agglomération chartraine a juré de démasquer celui qui, dans son entourage municipal, renseigne la presse sur ses entourloupes. Par tous les moyens. Récit de deux journées mémorables.
Mardi 8 mars, 10 h 24. Entrée farouche du maire dans le bureau de P. C. Il l’agonit d’insultes, lui tord les poignets et lui tire sauvagement les cheveux.
- C’est pas moi, proteste la conseillère polytraumatisée.
- Si, si, si, c’est toi, rétorque le forcené, c’est toi, c’est toi, forcément toi ! Comment peuvent-ils savoir qu’hier j’ai éternué trois fois au moment où je votais à l’unanimité une indemnité spéciale en faveur de ma Mercedes ?
- Mais il y avait aussi B. dans la salle… et M…. et…
Elle s’effondre éperdue dans les bras de son adjoint de mari qui passait par là . Son tortionnaire fait «hum» et s’éloigne en maugréant. Quant à la touffe de cheveux que le maire emporte… Bah, ça repoussera…
Mardi 8, 16 h 33. Guet-apens pour E., au détour d’un couloir, à deux pas de la machine à café.
- Vous aimez les taupes ?
- Euh les taupes, pourquoi vous me dites ça, patron, les taupes ?
- Parce que t’en es une, espèce de souterrain ! C’est toi qui leur as balancé que je remplace les additions par des multiplications quand il s’agit de mes crédits personnels.
L’employé municipal, plus volontiers anguille que taupe, lui glisse entre les doigts au moment où le maire allait tenter une strangulation d’intimidation.
Mercredi 9, 8 h 07. Le maire n’a pas dormi de la nuit. Il a regardé Shinning en DVD. Quand J-C. M. l’aperçoit avec une hache au bout du couloir, il lui demande :
- Bah patron, vous vous lancez dans le bricolage ?…
A ce moment le néo-bûcheron se rue sur lui.
- T’as vendu la mèche, Judas, c’est toi qui leur a dis que j’avais écrit un poème d’amour pour D….
La hache, fort heureusement accroche un luminaire. J-C. a la vie sauve… mais pour combien de temps ?
Mercredi 9, 8 h 12. Le maire a dégagé sa cognée en arrachant une moitié de plafond. Il fait à présent des moulinets sévères dans les bureaux circonvoisins. D. B. soupçonné d’avoir révélé que son patron n’aimait pas les personnes âgées, mais alors là vraiment pas, n’en réchappe qu’à la faveur d’une fenêtre ouverte. Saut d’un étage. Une entorse. Deux mois de plâtre…
Mercredi 9, 8 h 12 et 45 secondes. Qui a dit à L’Aiguillon que le maire ne sait pas jouer de l’harmonica ? Qui ?… Durant les banquets, il planque un magnéto dans son jabot, et postillonne en play-back dans un instrument factice. L. O. ?… Le pauvre homme, coincé au bout d’un couloir, saloperie de porte fermée à clef, n’a plus que cinq secondes à vivre… quatre, trois, deux, un…
- Je t’aime, crie sa mère.
Le maire prend ça pour lui. Il se retourne, transfiguré d’aise.
- Moi aussi, répond-il…
L. O. profite de la diversion, se plaque au sol et tire le tapis. L’énamouré s’affale, la hache vole et l’assomme en lui retombant sur le coin du nez. Ouf, fait L. O., que d’émotion, juste avant de s’évanouir. Sa maman le réveille d’une grande baffe et fait livrer une camisole à destination de l’autre assommé. Pour mercredi 9, fin du numéro. Du coup, on ne sait toujours qui balance dans la mairie !
Jean Louvigné
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Toute ressemblance avec un maire élu par accident ne serait que pure coincidence.