Du goudron et des plumes pour le député-maire ?


La Piquouse publie l’intégralité du propos tenu par Didier Berthuy, président de l’association « Jouons Collectif A154 ! », lors de l’ultime réunion organisée par la Commission particulière du débat public sur le projet d’autoroute entre Allaines et Nonancourt, jeudi 28 janvier.

 

"A l’occasion de la dernière réunion du Débat Public, il m’a paru intéressant de faire un point sur les menaces diverses que représente le projet de concession autoroutière pour notre département et ses habitants.

Sur le plan de l’environnement, un premier besoin est de conserver les terres agricoles. D’une part, au niveau mondial, l’augmentation prévue de la population à l’horizon 2050 devrait entraîner une augmentation de 70% de la demande alimentaire. D’autre part, au niveau local les rendements à l’hectare vont diminuer sensiblement dans la mesure où les modes de production actuels ne sont pas respectueux de l’environnement : la diminution des intrants (engrais et pesticides) va entraîner une diminution des rendements à l’hectare. Aussi, les options permettant d’aménager les itinéraires existants et de préserver le plus possible les terres agricoles doivent être choisies. Il s’agit d’une nécessité relative à la vie humaine, locale et globale, et le projet de concession, prévoyant plusieurs dizaines de kilomètres de section neuve ne va pas dans ce sens.

Il convient ensuite de préserver les milieux naturels et les ressources en eau : la valeur d’un territoire se mesure déjà aujourd’hui et encore plus demain à sa capacité à préserver sa biodiversité, ses trames vertes et bleues, à concilier activité économique, environnement et vie humaine.

Le projet de contournement de Dreux par l’Ouest prévoit de traverser les vallées de la Blaise et de l’Avre, ainsi que des zones boisées, dont une partie classée Natura 2000. Les ressources en eau potable de la zone drouaise risquent potentiellement d’être affectées par ce projet. Le projet de contournement de l’agglomération chartraine par l’Est aurait aussi des conséquences sur les milieux naturels : traversée de la Vallée de l’Eure par un ouvrage d’art, affectation des ressources en eau potable. La construction de ces deux sections neuves aura, en outre, un effet de cloisonnement irrémédiable entre des zones naturelles.

Enfin, il convient de contribuer à la diminution des émissions de gaz à effet de serre et préserver la santé publique. Si des solutions globales doivent être trouvées, des solutions locales doivent aussi l’être : donner la priorité aux infrastructures les moins polluantes tant en termes de construction qu’en termes d’utilisation : à cet égard, la construction de deux nouvelles sections autoroutières pour contourner Chartres et Dreux sont les solutions les plus pénalisantes pour l’environnement.

Les enjeux liés aux modes de transport concernent particulièrement la santé publique : l’Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail, organisme public, estime que la pollution atmosphérique est responsable du décès de 6 500 à 9 500 personnes par an en France. Cette pollution atmosphérique est liée pour environ 30% aux rejets polluants de la circulation automobile. Au bilan qui fait état de 4 443 personnes tuées dans un accident de la circulation, il convient d’ajouter entre 2 000 et 3 000 décès annuels liés directement aux émissions polluantes de la circulation automobile.

Là-aussi, la construction d’une autoroute a des impacts négatifs sur l’émission des polluants automobiles qui augmente avec la vitesse des véhicules notamment des voitures particulières. A cet égard, le choix opéré par le maître d’ouvrage doit être très sérieusement contesté comme ayant un impact négatif sur la santé publique. Ainsi, la solution d’une 2×2 voies, sur tout ou partie de l’itinéraire, limitant la vitesse des véhicules, doit être privilégiée.

Sur le plan des infrastructures, la RN154 doit rester au service des Euréliens qui sont utilisateurs à 60% de cet axe, qui assure une desserte fine des territoires. Le projet de concession autoroutière va priver les Euréliens, utilisateurs majoritaires, d’un axe majeur pour leur circulation, le nombre de diffuseurs étant très limité : on passe de huit diffuseurs entre Chartres et Dreux à 0, sauf à ce qu’un diffuseur financé par les collectivités locales soit aménagé. Le schéma est similaire pour la partie sud de l’itinéraire entre Chartres et Allaines : aucun diffuseur n’est prévu, sauf à trouver un financement local. En lieu et place d’une voie de circulation à leur usage, les Euréliens devront circuler sur les voies secondaires, ne pouvant accéder à l’autoroute qu’en de rares endroits. Cette régression aura notamment des conséquences sur la sécurité des déplacements.


L’autoroute générera plus d’accidents



Concernant la sécurité routière, la concession autoroutière entraînera un effet de report massif de trafic sur les axes secondaires, report qui va immanquablement entraîner une augmentation de l’accidentologie sur le réseau départemental et local sur l’ensemble de l’itinéraire. Ce report sera massif puisque l’Etat estime dans son dossier qu’il pourra atteindre 40% du trafic total et il est à craindre que l’accidentologie sur ces axes augmente fortement. A ce sujet, on doit noter que le réseau secondaire d’Eure-et-Loir présente un taux d’accidentologie local de 1,28 ; ce taux signifie que, par rapport à la moyenne des départements français, le taux de risque d’accident est plus élevé en Eure-et-Loir de 26 %. L’inadaptation des infrastructures routières contribue fortement à cette accidentologie.

Concernant la gravité des accidents sur ce réseau secondaire, il doit être noté que l’indice de gravité sur l’ensemble du réseau du département (nombre de tués/nombre d’accidents corporels x 100) est de 1,50 (données 2006) : il signifie que le risque d’être tué dans un accident de la circulation sur les routes d’Eure-et-Loir est 1,5 fois plus important par rapport à la moyenne des autres départements. Le bilan de la concession autoroutière sera donc sur le plan de la sécurité routière complètement …négatif.

Sur le plan du financement, le coût du projet de concession autoroutière est de l’ordre de 700 millions d’euros, MAIS le coût de la mise à 2×2 voies de l’ensemble de la RN154, en aménageant l’existant notamment au niveau du contournement de Chartres, est bien inférieur, entre 400 et 450 millions d’euros ; il parait compte tenu de ce coût envisageable d’arriver à un achèvement en 2025-2030, à la condition que les acteurs publics euréliens prennent leurs responsabilités, même au prix d’une hausse de la fiscalité.

A ce sujet, il est intéressant d’analyser les dernières contributions au Débat Public de l’agglomération drouaise, du Pays drouais et du Conseil général. Ces trois institutions veulent bien d’une concession autoroutière MAIS à la condition pour les unes et les autres qu’on ajoute six diffuseurs sur 40 kilomètres et que les parties déjà construites restent gratuites pour les Euréliens, bref la concession autoroutière sauf ses inconvénients majeurs… Quel élégante manière de dire NON au projet d’autoroute !

En effet, si on prend en compte les différentes demandes exprimées par les collectivités locales (qui devront les financer !), le coût pour l’Etat et ces mêmes collectivités du projet de concession va s’approcher de 400 millions d’euros soit approximativement le coût de la mise à 2×2 voies de l’ensemble de la RN154 en aménageant l’existant. De telle sorte que, pour conclure, on doit constater que personne ne veut de ce projet de concession autoroutière, à telle enseigne que la Commission Particulière de Débat Public a elle-même considéré que le mécanisme de financement était monolithique et conseille au maître d’ouvrage de revoir sa copie !

Personne ? Si, un seul élu veut cette concession autoroutière, et vous allez devoir deviner son identité en répondant au questionnaire suivant :

- qui a annoncé dans le magazine Chartres Métropole que 10 000 véhicules/jour allaient envahir la RN154 avec l’ouverture de l’A19 (alors que le trafic estimé était de 600 véhicules et le trafic constaté moindre) ?
- qui a proclamé qu’une autoroute pollue moins qu’une 2×2 voies ?
- qui a estimé que le récent épisode de neige que l’Eure-et-Loir vient de connaître démontre que le réchauffement climatique est une lubie ?
- qui, à l’occasion de la dernière réunion du Débat Public a dit "la gratuité, on sait faire" alors que le maître d’ouvrage a dit et répété lors du débat public que la gratuité n’était pas possible ?

J’espère pour ma part que le député-maire de Chartres quittera la 1ère circonscription d’Eure-et-Loir non pas avec le goudron et les plumes (bien qu’à mon sens il le mérite) mais par la volonté des électeurs."

Didier Berthuy

 

Un commentaire pour “Du goudron et des plumes pour le député-maire ?”

  1. Horloger dit :

    Bonne synthèse des risques écologiques de ce projet d’autoroute.
    Par contre, pour la fin de l’intervention (avec des trémolos dans la voix-j’étais dans la salle-), pour le moment, avec la réélection de VALOR à Luisant, et par suite, du maintien de JPG à l’agglo, pour ce qui est du goudron et des plumes, c’est un peu manqué !

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