Croissance, développement… reprenons les bases (5)


Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a créé, en complément de l’IDH, l’IPH ou Indicateur de Pauvreté Humaine. L’IPH mesure la proportion de la population affectée par les trois atteintes essentielles à la possibilité de vivre une existence décente : longévité (probabilité à la naissance de décéder avant 40 ans), savoir (taux d’analphabétisme des adultes), conditions matérielles d’existence (part de personnes privées d’accès à l’eau potable, part d’enfants de moins de cinq ans dénutris, part de personnes privés d’accès aux soins).

 

Il existe d’autres indicateurs comme l’ISDH qui tente d’évaluer les avancées réalisées pour les mêmes aspects que l’IDH mais corrige les résultats en tenant compte de l’inégalité entre hommes et femmes. Stop !

 

La commission Stiglitz, Sen et Fitoussi mise en place par notre « cher » président part d’un constat juste : « nos indicateurs économiques actuels nous rendent quasiment aveugles devant des risques majeurs ». Cependant, l’indicateur que ces économistes veulent mettent en place ne serait qu’une extension de la monétarisation d’après Jean Gadrey et Dominique Méda, membres du collectif Fair (Forum pour d’autres indicateurs de richesse). Ils estiment que la commission devrait comprendre que « l’urgence n’est pas d’évaluer les gains ou pertes en équivalent monétaire mais de disposer de signaux d’alerte que tous les citoyens puissent comprendre et s’approprier » et de ne pas dénigrer mais plutôt améliorer les autres indicateurs existants comme l’IDH mais aussi l’empreinte écologique, l’empreinte eau, le « living planet index » (pour la biodiversité).

 

Certes. Mais je pense qu’il aurait fallu ériger l’IDH, avec tous ses défauts (ne prend pas compte le degré des libertés, par exemple), comme nouvel indicateur de la richesse (au sens large) afin de remplacer le PIB. Que d’autres indicateurs soient créés pour alimenter un tableau de bord, c’est une bonne idée, mais cela ne doit pas masquer que la croissance du PIB reste et restera encore longtemps l’indicateur « mystique ». C’est dommage !

 

Il nous faut rappeler que même si Greenpeace et le WWF (World Wide fund) sont deux ONG qui naissent en 1971, c’est le fameux rapport Meadows (Dennis et Donella) paru en janvier 1972 sous le titre de « The limits to Growth » et en français « Halte à la croissance » publié par le MIT (Massachusetts Intitute of technology) qui sert de référence à la nécessité de prendre en compte l’impact de la croissance sur l’environnement.

 

Et pour faire court, c’est le rapport Brundtland  - nom de la ministre norvégienne à qui il a été commandé - de 1987 commandé par les Nations unies qui va donner la définition restée célèbre du développement durable « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. »

 

Le développement durable est fondé sur deux objectifs : la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement. Et repose sur trois principes : le principe de solidarité entre les générations futures et les peuples d’aujourd’hui, le principe de précaution : la prévention plutôt que la réparation et enfin le principe de participation de tous les membres de la société au processus de décision.

 

Pourtant pléonasme ou oxymore ? Pléonasme, pour certains qui considèrent que par définition le développement ne peut être que durable… Oxymore, pour d’autres dans la mesure où l’on conçoit le développement durable comme « synonyme d’infinitude dans un monde fini ». Car « celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou ou un économiste » K. Boulding (1973). Une précision : avec une croissance de 3 % par an, on multiplie tout par 20 en un siècle, par 400 en deux siècles et par 8000 en trois siècles.

 

Ainsi, certains proposent pour mieux comprendre les enjeux une double vision de l’économie. D’abord, l’économie cow-boy : « où la maximisation de la consommation repose sur la prédation et le pillage des ressources naturelles. » Ensuite l’économie cosmonaute : « pour laquelle la Terre est devenue un vaisseau spatial unique, dépourvue de réserves illimitées, que ce soit pour y puiser ou pour y déverser ses polluants. »

 

Bien sûr, vous avez les tenants du progrès technologique qui l’érige en sauveur. « Mais prétendre que le progrès technologique peut nous sauver est tout autant une ânerie. » D. Bourg, Le Monde, 21/22-10-2007. Et d’expliquer que c’est le progrès technique qui est responsable de la situation dans laquelle nous nous trouvons, car chaque technologie génère un « effet de rebond » à savoir que les gains apportés par une nouvelle technologie libèrent des capitaux qui vont alimenter d’autres flux de matière.

 

Les progrès réservent également à moyen et long terme des surprises désagréables comme le CFC (chlorofluorocarbones), l’amiante, Tchernobyl…

 

Concernant les économies d’énergie et/ou le bilan écologique, ce qui compte en réalité c’est l’éco bilan. Par exemple, la fameuse Toyota Prius a un bilan écologique bon concernant les émissions de gaz carbonique, mais son éco bilan global est mauvais notamment par le fait que la construction de la voiture est très polluante. (cf. Le choc de la décroissance).

 

Ainsi, on peut se poser la question suivante à propos du capitalisme vert ou de l’éco croissance ou de la croissance propre ( !) : n’est-ce pas moins polluer pour polluer plus longtemps ? Et puis le slogan « green is business » laisse rêveur… Il reste la piste de la décroissance. Ne hurlez pas, relisez plutôt ma chronique « Les objecteurs de croissance » du samedi 24 janvier 2009.

 

Kritik

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