Après le huis clos familial, le huis clos judiciaire…


700 000 femmes ont été victimes de violences conjugales en 2008 et 156 sont mortes sous les coups de leur compagnon. De telles violences, morales, psychologiques ou physiques sont inacceptables.

 

Ce matin, au Palais de Justice de Chartres, de telles violences étaient jugées dans le cadre d’une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité, « le plaider coupable », où l’auteur de tels faits négocie sa peine avec le procureur. La victime et son avocat n’assistent pas à cette négociation. Ensuite, l’auteur des faits est présenté devant le président du Tribunal de grande instance, ou un juge délégué, pour éventuellement homologuer la peine négociée avec le Procureur. A cette audience d’homologation, la victime est présente. C’est à ce moment là que je me devais d’intervenir pour cette femme violentée à plusieurs reprises par son concubin, tout d’abord par des propos méprisants et dégradants, puis en l’absence de toute sanction, l’escalade vers la violence physique est rapidement arrivée, coups de poings au visage… Tout ceci en présence des enfants du couple.

 

La sanction négociée avec le Procureur : un mois avec sursis !!!…

 

Monsieur le Président me demande : « J’aimerais bien savoir ce que vous pensez de cette procédure ». Je lui réponds : « je trouve cela purement scandaleux. Une mission parlementaire a été mise en place et a conduit à ce que soit créée une nouvelle infraction, celle de violence psychologique. Trop de procureurs classent sans suite les violences conjugales ou les font juger en médiation pénale. L’auteur des faits ne comprend pas la gravité de ses actes. En tant que victime, je subis le choix d’une telle procédure alors que les faits sont réitérés et commis en présence des enfants. Il n’est pas acceptable de banaliser de telles violences ».

 

Le Président suspend l’audience. Il revient en refusant d’homologuer la peine négociée avec le Procureur et décide de renvoyer l’auteur des violences conjugales devant le Tribunal correctionnel.

 

La loi ne s’arrête pas aux portes du couple. Derrière le voile pudique de l’intimité du couple se cache parfois le voile impudique des violences. La justice doit apporter une réponse rapide qui ne soit pas celle d’une simple négociation ou médiation pénale.


Sandra Renda

3 commentaires pour “Après le huis clos familial, le huis clos judiciaire…”

  1. Zyva dit :

    Bravo Sandra

    Encore un glorieux succès à votre actif.

    Continuez, battez-vous encore et toujours, pour davantage de justice.

    Merci

  2. Jean-Christophe dit :

    Oui et la négociation ne doit pas pallier à la suppression de personnels dans la justice.

  3. Juriste dit :

    Le “plaider coupable” est le minimum attendu pour l’auteur des coups ; l’audience publique normale devant un tribunal doit être pour lui et sa victime le lieu de rencontre des vrais remords et des excuses

    Il ne peut y avoir sur des faits de violences de cet type qu’une réponse ferme, et la répression mise en œuvre doit être connue, intensifiée, systématique, et ne peut donc ne passer sans le symbole d’un procès devant un tribunal, et non dans le simple bureau d’un représentant du procureur de la république

    Ce n’est pas une justice a double vitesse, mais une justice a visages découverts, même si l’un des deux peut avoir encore la marque des coups portés

    Il faut des mots et des symboles forts pour faire passer des messages importants. La Justice doit y prendre sa place, pour le cas des violences conjugales ou pour d’autres cas encore, où la chappe de plomb du silence des familles n’a jamais permis aux victimes, enfants et adultes, de crier leur douleur pour s’en guérir ensuite.

    Merci Sandra pour cette brève du Palais

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