Croissance, développement… reprenons les bases (2)


Nous en étions restés à la question : est-ce que plus de richesses, c’est plus de bien-être ? Le PIB possède en effet de multiples défauts :


- il compte les dépenses « passives » comme les activités réparatrices des dégâts de la croissance (dépolluer) alors qu’il faudrait les compter comme consommations intermédiaires. Et si le rapport Stiglitz, demandé par notre « cher » président, le signale, ce n’est évidemment pas nouveau.

 

Jean Baudrillard, toujours, écrivait p. 42 : « L’industrie florissante des eaux minérales sanctionne-t-elle un surcroît réel “d’abondance”, puisqu’elle ne fait que largement pallier la déficience de l’eau urbaine ?  […] On n’en finirait pas de recenser toutes les activités productives et consommatrices qui ne sont que palliatifs aux nuisances internes du système de la croissance. » Et d’ajouter : « Le surcroît  de productivité, une fois atteint un certain seuil, est presque tout entier épongé, dévoré par cette thérapie homéopathique de la croissance par la croissance. »

 

Cela signifie que le PIB enregistre comme de la richesse les conséquences des accidents de la route, des pollutions… Et suivant l’exemple de Bertrand de Jouvenel : « Le PIB augmenterait si la cathédrale Notre-Dame devait être détruite et remplacée par un parking ». Un parking souterrain ? (je rigole !)

 

- il ne compte pas en revanche la richesse créée par le bénévolat, le travail domestique, l’économie informelle.

- il ne mesure pas ou mal le bien-être, l’espérance de vie, les dons, les services non marchands (santé, éducation, sécurité).

- il ne reflète pas les inégalités et leur montée, le niveau du chômage, la pauvreté et l’exclusion.

 

Rien d’étonnant à tout cela. Le PIB comptabilise ce qui est produit pendant une période donnée par du travail rémunéré. On retrouve le rôle central dans nos sociétés du travail, de la monnaie et du marché. Et comme A. C. Pigou le disait : « tout homme qui épouserait sa femme de ménage ferait baisser le PIB » !

 

Et j’ai trouvé sur l’excellent site http://contreinfo.info/ l’article « La prospérité sans la croissance ? inventer une alternative » de Charles Siegel dont j’ai extrait cette citation : « Les comparaisons internationales sur la perception du bonheur indiquent que l’élévation du revenu par habitant est corrélée avec la perception du bonheur jusqu’à ce que le revenu atteigne un niveau situé environ entre la moitié et les deux tiers de ce qu’il est aujourd’hui aux États-Unis. Au-delà, il n’y a pas de corrélation entre l’augmentation des revenus et celle du sentiment de bonheur. Aux États-Unis et dans plusieurs autres pays développés, la hausse du revenu ne s’est pas traduite par une hausse de cette perception durant les dernières décennies. »

 

Ainsi, la croissance économique ne conduit pas forcément à travers le changement économique et social à une amélioration du bien-être car le changement social ne s’interroge pas sur le bien-être. D’où la différence opérée entre la croissance économique et le développement compris comme un sous-ensemble du changement social. À suivre…

 

Kritik

14 commentaires pour “Croissance, développement… reprenons les bases (2)”

  1. K2 dit :

    Le concept de “CROISSANCE” semble bien ébranlé, beaucoup de sociologues et d’économiste contestent le PIB, le productivisme semble avoir atteint un seuil, mais lorsque l’on propose la “décroissance” et le “protectionisme”c’est la catastrophe ! Pourtant ces idées, méritent réflexion. Le canard des “casseurs de pub” titre ce mois-ci “trop de tout!” dans la bouche du père Noël vidant sa hotte ! Je vais sans doute être taxé de bobo nanti.

  2. MPM dit :

    http://leblogdedenisolivennes.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/12/03/les-deux-ecologies.html

  3. MANDARINE MECANIQUE dit :

    Je ne sais plus qui relevait que le sentiment de “bonheur” procuré par une amélioration des conditions de vie décroissait assez rapidement après chaque avancée. Je suis content d’avoir une nouvelle bagnole, mais pas bien longtemps. Je suis content d’avoir accès à des soins, mais pas bien longtemps etc. L’insatisfaction semble inscrite dans nos gènes. Nos conditions de vie actuelles, globalement, font rêver le reste du monde. Nous adorons pleurer la bouche pleine. Et nous arrivons à un moment où nos gueules commencent à se vider.

  4. Anonyme dit :

    Quel rapport entre décroissance et protectionnisme ?

  5. K2 dit :

    À Anonyme (14h40) :
    Décroissance et protectionisme n’ont aucun rapport à priori, mais ce sont deux mots tabous du vocabulaire néolibéral. Pourtant de nombreux penseurs résistants à la pensée unique, proposent la décroissance de la consommation (des riches) ce sont Paul Ariès, Serge Latouche, Yves Cochet et d’autres sont partisans d’une bonne dose de protectionisme pour limiter la concurrence entre pays aux salaires inégaux et les délocalisations qui en découlent, ce sont Maurice Allais, Emmanuel Todd… Sans doute 2 pistes de propositions pour un autre modèle économique ?

  6. Anonyme dit :

    D’accord pour le protectionnisme mais la décroissance est une ineptie.

  7. Anonyme dit :

    et pourtant il va bien falloir décroître notre production de co2

  8. MANDARINE MECANIQUE dit :

    Je ne crois ni au protectionnisme, ni à la décroissance. C’est grave? Non. Tout le monde se tape de ce que je pense. Donc, je développe:
    - le protectionnisme est en apparence séduisant ; mais si nous fermons la porte aux produits chinois, ou marocains, ou de n’importe où où on bosse pour des queues de cerise sans protection sociale, nous allons planter les ouvriers de ces pays, ce qui n’est certes pas une grosse difficulté pour nous si l’on raisonne cyniquement. Mais en revanche, il ne fait aucun doute qu’en rétorsion, ils vont aussi claquer la lourde aux produits que nous leur vendons. Et là, c’est chez nous que ça va saigner. Bilan: mauvais pour tout le monde.
    - la décroissance ne se décrète pas. Il y a de la bonne croissance et de la mauvaise croissance. Comme le note Kritik, l’instrument de mesure, le PIB, est une grosse daube. Il comptabilise pareil le litre d’essence cramé dans un embouteillage et les cachets d’aspirine. Entre la croissance débile et la décroissance niaise, il nous faut trouver quoi? Une altercroissance :lol: ? Alors, oui pour une activité économique respectueuse des générations futures (ou par exemple on reverrait des réparateurs d’objets en panne plutôt que des poubelles pleines de trucs qui pourraient encore servir). Mais le retour à la bougie, pas question.
    Bon, c’est dommage, tout le monde s’en fout, mais l’altercroissance, je trouve ça sympa, comme concept.

  9. MANDARINE MECANIQUE dit :

    Un des barons de Rotschild a dit: “il n’y a que les gens fortunés qui puissent se permettre d’acheter des objets bon marché.” Pourquoi cette vanne me paraît-elle en rapport avec le sujet? Parce qu’une bonne paire de godasses qui durent 6 ou 7 ans, c’est mieux que des écrase-merde troués au bout d’un mois. Et que nous sommes inondés de tout un tas de gadgets à la con mais pas chers, qui tombent en panne presque tout de suite, alors que mon micro-onde Moulinex va sur ses 20 ans… Et que le plumard fabriqué par mon grand-père il y a 80 ans est toujours nickel-chrome, ce qui n’est pas le cas de tout un tas de meubles de merde qui, s’ils ont résisté au montage initial, ne passent pas le premier déménagement. Vous savez, ces meubles en kit devant lesquels on pousse des hurlements de rage en essayant de comprendre la putain de notice de l’abruti de putasserie de con qui l’a conçu, ou qu’on arrive pas à rentrer le bout du zigouigoui dans le trou de merde qu’est pas au bon endroit…
    Et donc, en attendant la révolution, camarades, si nous commencions par changer nos sales habitudes?

  10. Anonyme dit :

    A Mandarine : Effectivement, votre avis sur le protectionnisme importe peu face aux propositions de penseurs d’un calibre qui vous est légèrement supérieur comme M. Allais, seul français prix Nobel d’économie ou encore E. Todd. Et il ne s’agit pas de croire ou pas, laissez tomber les réflexes religieux. Enfin, votre analyse est fausse. Les effets économiques du libre échange sont bien connus : affaiblissement de la demande globale, contrainte sur les salaires ici comme dans les pays qui émergent, importations consommatrices de CO2, etc. L’avenir est au contraire à l’organisation de grandes régions économiques de taille mondiale.

  11. MANDARINE MECANIQUE dit :

    Le “libre-échange”, il est en marche depuis que les humains produisent des richesses… J’attends qu’on me démontre que des murs, physiques ou juridiques, aient jamais empêché durablement les hommes et les marchandises de circuler. Vous voulez refaire en plus gros ce qui existait en local. Comme si, d’ailleurs, c’était une question de géographie, plutôt que de style de développement. Le Viet-nam est en Asie, comme la Corée ou le Japon ou la Chine. Alors, qu’on protège un temps un marché pour lui permettre de s’adapter, pourquoi pas. Pour autant,le protectionnisme comme solution géniale, incontestable, formidable, prônée par des penseurs de gros calibre, c’est du pipeau. D’ailleurs, ce dont vous parlez, ça a existé: le COMECON! Quel beau succès!
    Mais au fond, de tels débats sont vains, parce que ni les théories du libre échange, ni celles du protectionnisme ne sont vérifiables, même défendues par de purs génies… Que la frontière soit ouverte ou fermée, si tu te bouges pas le cul, tu seras baisé!

  12. Anonyme dit :

    Mandarine: Pourquoi le Comecon ? (qui était d’ailleurs un marché ouvert en interne). Pas la peine d’aller si loin, il suffit de se souvenir du monde avant l’OMC qui a imposé le libre échange avec un directeur socialiste. Le libre échange, c’est la baisse des salaires par la mise en concurrence des ouvriers et des employés mais aussi des ingénieurs de chaque pays, c’est tout.

  13. MANDARINE MECANIQUE dit :

    Le COMECON est bon exemple de ce que vous proposez: une zone géographique comportant plusieurs pays, avec une économie, ouverte entre eux, mais fermée avec l’extérieur. Une vraie cata. L’OMC n’a récupéré LAMY qu’assez tardivement. Et elle n’impose rien, faut-il le rappeler? Elle repose sur des accords multilatéraux. Aucun pays n’est soumis à ses règles sans l’avoir accepté. Et vous serez d’accord quand même pour admettre que le libre-échange, ce n’est pas seulement la concurrence entre les salariés. Et tout cela dit, je tiens tout de même à préciser que je n’ai rien d’un fanatique du libre-échange… Nous en finissons par jacasser sur un mode binaire tellement réducteur qu’il ne correspond à aucune réalité.

  14. Anonyme dit :

    Mode binaire d’autant plus que vous ne pouvez imaginer un protectionnisme raisonné et limité en faisant référence au Comecon. Quant à la liberté pour les pays de refuser le libre échange dans le cadre de l’OMC, c’est une farce. Mais, de toutes les manières, on viendra nécessairement à une limitation des échanges dans le cadre de la réduction des émissions de CO2.

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