Croissance, développement… reprenons les bases (1)

Commission Fitoussi, Sen, Stiglitz, Grenelle de l’environnement, capitalisme vert, croissance verte, éco croissance, contribution climat-énergie… tous ces termes remplacent aujourd’hui croissance, développement et développement durable… Alors véritable révolution (verte) ? Adaptation, genre ravalement de façade ? Escroquerie et tromperie, tendance détournement d’attention ? Pour tenter de répondre, nous allons d’abord revenir sur les concepts de base.

 

La croissance économique, d’après la définition canonique de l’économiste français François Perroux, « c’est l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels ». Il faut noter que la croissance économique s’appréhende sur long terme et que l’on retient l’accroissement du PIB en termes réels. Précisions.

 

Le PIB, agrégat de la comptabilité nationale, est la somme des valeurs ajoutées des unités de production (entreprises et services collectifs non marchands des administrations) d’un pays à laquelle il faut ajouter la TVA et les droits de douane et retirer les subventions.

 

La valeur ajoutée est la valeur de la production moins les consommations intermédiaires, à savoir ce qui est détruit ou incorporé dans le processus de production (énergies, matières premières, produits semi finis…).

 

Le PIB essaie d’appréhender certaines activités illicites ainsi que le travail au noir. Quant aux services publics non marchands des administrations publiques (éducation, santé…), l’évaluation se fait à son coût de production (les salaires pour les professeurs par exemple…).

 

Le PIB pour agréger les pommes de terre, les voitures et la coupe de cheveux est obligé de passer par le prix de marché, étalon de mesure. Cela est caractéristique d’une société marchande, là où il y a échange sur un marché, à prix de marché.

 

Ici, il est bon de rappeler ce que Jean Baudrillard appelait « La comptabilisation de la croissance ou la mystique du P.N.B ». Voilà ce qu’il écrivait à ce propos dans « La société de consommation » en 1970 : « De plus, ces comptabilités ont ceci de commun avec le rêve qu’elles ne connaissent pas le signe négatif et qu’elles additionnent tout, nuisances et éléments positifs, dans l’illogisme le plus total (mais pas du tout innocent). Les économistes additionnent la valeur de tous les produits et services de tous les genres […]. » Cela reste tellement d’actualité…

 

Les économistes calculent l’accroissement annuel de ce PIB en retirant l’augmentation générale des prix (l’inflation). Techniquement, les statisticiens disent « déflater ». Cela permet de mesurer l’augmentation réelle, en volume (en quantité) ou à prix constant, de la richesse réellement créée d’une année sur l’autre.

 

Simplement, si le taux de croissance (de l’économie, c’est-à-dire du PIB) est de + 3% et que l’inflation sur la même période est de + 2%, alors la quantité de richesse n’a réellement (en volume) augmenté que de 5 % - 2  % = +3 % (l’approximation par la soustraction est ici acceptable).

 

C’est le fameux « chiffre » de la croissance qui est donné et commenté dans les médias. L’Insee en donne un trimestriellement, avec des rectificatifs (relisez mes chroniques du samedi 29 novembre 2008 et du samedi 23 mai 2009).

 

Historiquement, 1950/1973 est la période - connue sous le nom de Trente glorieuses (titre de l’ouvrage éponyme de Jean Fourastié) - d’une exceptionnelle croissance. D’après les travaux de Carré, Dubois et Malinvaud, le taux de croissance moyen annuel (chaque année en moyenne) sur cette période a été de + 5,45 %, soit sur la période, une multiplication par 3,34 de la richesse réelle ! Cette période reste une exception au regard des tendances séculaires.

 

Cela a évidemment entraîné un changement économique et social indéniable.

 

Pour vous en faire une idée précise, lisez l’ouvrage de Jean Fourastié, cité précédemment : il y compare deux villages, Madère et Cessac, l’un en 1946 et l’autre en 1975. Les transformations sont frappantes en terme de niveau de vie, de mode de vie (développement des loisirs…), de qualification / scolarisation, de structure de la population active (tertiarisation, salarisation), de démographie, de conception de la famille, de valeurs (montée de l’individualisme)…

 

En fait, c’est le même village, mais à trente ans d’intervalle !

 

Cependant une question a fini par émerger : est-ce que plus, c’est mieux ? Autrement dit : est-ce que plus de richesses, c’est plus de bien-être ?

 

À suivre…

 

Kritik

Un commentaire pour “Croissance, développement… reprenons les bases (1)”

  1. MANDARINE MECANIQUE dit :

    J’aime beaucoup vos articles. Quelques remarques sur celui-ci: en fait, dans une large mesure, après guerre (mais en fait sans doute plus tôt), les inconvénients du développement tel qu’on l’a connu ont été masqués par une incroyable amélioration de la qualité de vie dans nos sociétés occidentales. Je ne sais plus qui a fait observer que les classes moyennes avaient une meilleure qualité de vie que Louis XIV… Aujourd’hui, les inconvénients nous pètent à la gueule! La rareté des ressources naturelles et matérielles apparaît parce que d’autres, des milliards de gens, revendiquent eux aussi leur part. L’enjeu, en peu de mots, est de conserver l’essentiel de notre qualité de vie et d’en faire profiter le reste de l’Humanité. Dans la qualité de vie, il n’y a pas que le bien être matériel ; il y a aussi la liberté. De sorte que le projet à construire ne peut pas en passer que par l’économie.

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