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	<title>Commentaires sur : « Original Berliner Mauerstein* »</title>
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	<pubDate>Wed, 17 Mar 2010 04:45:22 +0000</pubDate>
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		<title>Par : MPM</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Nov 2009 21:04:31 +0000</pubDate>
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		<title>Par : MPM</title>
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		<dc:creator>MPM</dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Nov 2009 14:04:04 +0000</pubDate>
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		<description>http://www.liberation.fr/politiques/1101673-nicolas-sarkozy-y-etait-voici-les-preuves:i-1</description>
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		<title>Par : MPM</title>
		<link>http://lapiquouse.info/archives/4395#comment-429719</link>
		<dc:creator>MPM</dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Nov 2009 17:48:47 +0000</pubDate>
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		<description>De la part d'un écrivain eurélien connu de la Piquouse :



BERLIN


Mille et une nuits sans que tes jambes ne m’emprisonnent. Mille et un tableaux sans que tes doigts ne retouchent la peinture de nos fantasmes. Mille et un instants éternels souillés par les hommes et leur morale immonde.
 
* * * * * * 

Décembre 93, Tegel.
Les turbulences du vol AF2512 soulèvent la neige grise. Mon Dieu que Berlin semble froide et distante, hostile presque. Tapis dans le brouillard, les démons religieux y survivent.
Une demi-heure et 23 Deutsche Mark plus tard, le taxi me dépose : A.E.G. Sickingenstrasse 26-28. Tes yeux marine, ta peau translucide, tes cheveux de cire, tout en toi évoque la douceur d’une princesse slave. 
Plus blanche, plus pure devient soudainement dame Neige Frivole.
Ce pour quoi je suis mutée à Berlin, ma mission, mes nouvelles fonctions, tout s’évapore tandis que le soleil décime les nuages. Ses rayons d’un or plus précieux que celui des alchimistes incendient ta chevelure. Mon coup de foudre inavouable se métamorphose en un fantasme bouleversant : ton corps d’écume communiant avec l’ébène du mien. 
Certes, mon éducation plus qu’influencée par deux mille ans de culture judéo-chrétienne ne m’a pas préparée à cela ! La perdition me guette ! 
- J’ai envie, Non ! Je me consume pour une autre femme ! songe-je avec un délicieux effroi au creux des reins.
Tes lèvres humectant les miennes, tes mains effleurant mes seins, le sel de ton corps sur ma langue. Jamais ils ne l’accepteront !
Mon âme se fond dans le gouffre de tes prunelles noires. Mes doigts se trémoussent entre tes cuisses. Suffocante, submergée par mes ardeurs, je regagne à grand peine la surface raisonnable de ma vie. Bon Dieu ! Je suis la femme comblée dont Justine et Jérémie, mes jumeaux, incarnent l’ éclatant symbole. Sauvée à contre cœur de la noyade, je me raccroche de justesse aux propos du directeur. Son français est hésitant :
- Madame de Peyrac, soyez la bienvenue à Berlin. Voici votre secrétaire : Katharina Schneider. Elle vous montrera votre bureau. La réunion du comité de direction débutera à 13 heures précise, “ pingerlich ” comme on dit ici. 
-  Mademoiselle Schneider est née et a vécu en R.D.A, poursuit-il. Elle s'est évadée quelques mois avant la chute du mur.
Je devine pourquoi il ne s’empêche de préciser cela : tu es une “ Ossie ”, lui un “ Wessie ”. 
Ces deux mots méprisables qui résument tristement le drame de l’Allemagne.
Je n’ai pas le droit de t’aimer ! Je serai punie et mon âme brûlera en enfer.
Ainsi donc tu te prénommes Katharina. 
Tania ou Malika illustreraient mieux ton absence de pigmentation, cadeau probable d’un lointain ancêtre ukrainien. 
Tu me devances dans le labyrinthe des escaliers et couloirs. Ta démarche souple imite celle d’une féline en chasse.
Exploration ! Mes yeux dessinent tes longues jambes sous ta jupe, escaladent le bas de tes reins. Ta nuque rebelle achève mon ascension. Spasme délicieux… le désir me torture déjà. Par les mains de mon mari, par le sourire de nos enfants, j’exorcise ces impulsions impures.
- Contre nature ! cracheront-ils. 
Ma princesse d’Orient parle, elle m’explique les horaires, elle insiste sur la pause café du matin : la “ Früstuckspause ”. J’entends les sons, je perçois les mots insipides mais n’écoute plus. 
Qui es-tu ? Pourquoi ce mélange de joie enfantine et de tristesse sénile ? Le trouble m’envahit à nouveau, moins érotique et plus mystérieux cette fois-ci. 
Je saurai plus tard les sévices que tu as subis, les cicatrices que tu masques sous de trop amples vêtements. 
Notant d’un coup d’œil les rayures sur la table acajou et la poussière sur le moniteur de l’ordinateur, je m’assieds. 
Afin de fuir ton regard par trop envoûtant, je l’allume. Il fonctionne, miracle ! Merci mon ange gardien. Tu me souris puis t’éclipses, étrange Cendrillon érotique des rêves de Grimm. Mon ange est venu…peut-être a-t-il enfanté un démon…
Deux jours de travail, deux jours d’acclimatation à cet environnement professionnel.
Tu joues à merveille ton rôle d’assistante. Distante mais efficace. Mes questions indisciplinées t’effarouchent à peine. Quoique ma culture latine surprend désagréablement ton habitude d’ordre, tu te maîtrises. Aptitude typiquement germanique. 
Le troisième jour, je cherche un logement. Le pavillon de Lübars me satisfait. Deux mois se seront écoulés lorsque mon mari et nos deux enfants m’y rejoindront. Ils se plairont ici.
Dans l’antre de nos péchés.
Premier week-end en célibataire. Tu me suggères la visite des curiosités de la ville. Ne sachant s’il s’agit d’une corvée que l’on t’impose ou le désir de prolonger ensemble cette semaine, j’accepte, enfouissant au mieux mon condamnable secret.
Nous visitons le Weinachtsmarket de Pankow, arpentons le "Kudamm'", l’OlympiaStadion puis nous réfugions à la Luisenbrau. L’écume blanche sur tes lèvres.
Cette ville diffuse une atmosphère subtile, riche et perverse aussi. Comme toi. Je le perçois.

Samedi 23h. 
Tu m’invites à dîner dans le quartier juif. La bière casher me monte à la tête. Gros plan sur ta bouche écarlate. 
Nos mains se frôlent, involontairement. Deux amantes se cherchent. Nos mains se frôlent encore, moins involontairement. La lumière feutrée, les ombres chinoises improvisées par nos doigts qui hésitent encore à s’entrelacer, de petits riens qui nous exaltent et enivrent. Nous ne terminerons pas le repas, le désir dans mon ventre et ma tête hurle après notre intimité ! L’urgence nous coupe déjà le souffle. 
Leurs regards nous ont exclues…
Nous partons, deux corps déjà unis, prémices d'une trop courte nuit de tendresse. 
Tes pas crissent dans la neige qui a purifié l’Oranienburgerstrasse. La vision de ses prostituées en fuseaux pastels me fait ralentir, douter aussi. Tu m’embrasses les cheveux en murmurant : 
- Elles n’ont pas d’autre choix... condamnées sans procès…
Malgré la tempête amoureuse qui m’aveugle, je devine : 
- Nous ne serons pas défendues, nous non plus… 
Eclair de conscience foudroyant : ton âme recèle autre chose que l’amour et l’envie de ma chair. Tes yeux m’implorent de ne rien demander, parce que cette nuit nous appartient.
Nous rejoignons Lübars, le havre de mon expatriation. Ma chambre, le lit en merisier et les draps parfumés nous accueillent. Explosion de soupirs.    
Nous ferons l’amour souvent dans cette demeure. Tes sourires, tes rires et aussi tes sanglots l’imprégneront. 
Plus tard, il leur faudra exorciser ce lieu maudit…
- Toi, ma Katharina, ma Kathy, nue sous la douche. Mes larmes se mêlent aux gouttelettes brûlantes, l’eau vive s’engouffre dans tes cicatrices puis rejaillit comme une source bouillonnante. Tu me consoles. 
Tu contes les tentatives échouées, ces heures interminables où les geôliers soviétiques te maintenaient prisonnière, sans vivre ni eau. Tu tiens secrètes leurs odieuses caresses. 
Parce que tu es lesbienne, tu fut maudite. Dorénavant, je me consumerai dans les flammes de ton enfer.
A travers tes paroles, j’entends les chuchotements morbides des cachots. A travers ton regard, j’aperçois les hallucinations de l’isolement. 
Sauvée de la barbarie communiste, as-tu conquis ta liberté au sein de l’horreur capitaliste ? D’où provient le malaise que je devine en toi ? 
Le regard de l’autre. Le jugement aveugle…
Amantes depuis quatre semaines déjà, tu m’enseignes l’âme de Berlin. Au delà du tourisme, au delà des mythes, tu m’expliques les vérités, entre gris clair et gris foncé :
Brandenburg Tor : s’ils pouvaient choisir, dans quelle direction regarderaient les chevaux , Est ou Ouest ?
Ton âme brûle à jamais. 
- Tu ne m’en dis pas plus, adorable bouche tordue par la douleur du souvenir terrible.
Ton mystère me charme et m’intrigue. Il m’inquiète aussi…Il ne se passe pas une heure sans que mon imagination ne crée les hypothèses les plus indécentes. Je crève de jalousie. Pourquoi ne pas me dévoiler ton passé ? Pourquoi ne pas rechercher ta famille ?

* * * * * *

Lorsque mes lèvres prononcèrent “ Kathy ”pour la première fois, tes yeux se sont illuminés, ce diminutif adoucit les sons gutturaux. 
La pureté de notre amour te régénère. Depuis moi, tu revis.
Chaque fois tu affirmes effrontément que par mes cordes vocales, même les syllabes les plus hachées deviennent notes harmonieuses, que mon accent change la barbarie en mélodie de harpe. Ton minois enjoué et coquin respire le mensonge. 
J’embrasse tes paupières, ton nez. Le parfum de tes cheveux m’enivre un peu plus. Ta respiration haletante sur mes seins. 
Pendant quelques secondes je me souviens : les marches de la SiegesSaüle, trop essoufflée par l’ascension tu refusais mon baiser. Puis le vent souleva ma robe. 
Brune Marilyn, sombre Norma ! Nous avons ri, tant ri que les touristes japonais quittèrent la place sans prendre une photo. Scandale ! Notre amour dérange-t-il donc à ce point ? Qui en a décidé ainsi ?   
Mon mari sera là demain, un week-end de rêves en perspective. Il me manque, pas seulement pour l’habitude rassurante. Je l’adore comme j’adore nos jumeaux... comme je t’adore.
Enfin tous les quatre, nous visitons le Stade Olympique. Tu nous rejoins « par hasard », les enfants t’adoptent en quelques secondes. Tu les as ensorcelés... D'un regard coléreux, je te mets en garde : “ N’attise pas l’étincelle qui brille dans les yeux de mon homme ! Je ne saurais te partager, ni dans l’immédiat, ni jamais.". 
Ton sourire narquois me rassure. 
Voulais-tu provoquer ma jalousie, éprouver l’étendue de mon amour envers toi ? Tu m’aimes donc tant que cela…
Sept mois de double vie, sept mois d’harmonie. Le bonheur familial, calme et serein y côtoie notre liaison, que je ne qualifie plus de sulfureuse depuis bien trop longtemps. Et pourtant...
Et pourtant d’autres veillent. Misérables détenteurs de la morale universelle… 
Notre passion impose l’exclusivité, or ma responsabilité de maman l’interdit. Tu devrais me le reprocher, un peu. Que vois-tu et moi pas ? Que sais-tu que je ne sache point encore ?
Depuis l’arrivée des miens, notre relation indécente s’amplifie en qualité. Chaque instant de tendresse péniblement volé à la normalité homophobe renforce notre amour. Chacune des caresses subtilisées malicieusement au conformisme stupide enrichit notre complicité. 
Nos jeux érotiques gagnent en créativité.
- Kathy, tu es la Spree, je suis Berlin. Enlaçons-moi, abreuvons-moi à la source de nos lèvres.
- Je suis ce mur de béton humain, armé de barbelés ! Embellissons-moi de tags multicolores.
Autant de fécondité artistique qui n’appartiendra à personne d’autre que nous, autant de fantasmes entre toi et moi.
Mais entre nous, entre toi et moi. Il y avait les autres…

* * * * * *
 
Aussi inimaginable que cela puisse paraître, six années d’amour interdit se sont écoulées, six années en toute impunité. 
N’ont-ils donc rien vu encore ? Non, c’est impossible. Notre amour crève les yeux. 
Mon Dieu que les jours et les nuits sont trop courts lorsque la passion vous épouse et pénètre.

* * * * * * 

La rupture brutale de notre liaison fera un violent écho à l’épanouissement de nos fleurs du mal. Elle se profilait inéluctablement. 
- Notre amour est malsain, ont-ils fini par vomir.

* * * * * *

Alter Fritz, 28 décembre 99, 21 heures. Le serveur me remet une enveloppe. Tu ne viendras pas, tu ne viendras plus...Sans vraiment savoir comment ou pourquoi, je l’avais pressenti. Le jour des Innocentes…

Christel, cristal de mes amours chéries,

je sais ce que tu allais m’offrir... Mais jamais je ne supporterais de mettre en danger ton foyer. Je ne puis accepter ton cadeau dans les circonstances actuelles. Le risque de voir notre relation déchiquetée m'est invivable.
Je t’aime d’amour déraisonnable, pour toujours. Pardon
		
		Ta Kathy

* * * * * *	
Ma Kathy m’a quittée… tic … tac… l’horloge s’est arrêtée !
* * * * * *

Une semaine, un mois, une année, trois années. La douleur ne s’efface. L'absence de certitude empêche mes plaies sanguinolentes de se refermer, toi seule pourras un jour les cicatriser.

L’esprit bienveillant qui règne sur Berlin me soutient. Bien qu’il ne comble aucunement le vide de toi. 
Dans quelques jours mon mari m’accompagnera un seconde fois à la maternité. Notre troisième enfant viendra emplir un peu plus mes nuits sans sommeil.
Kathy, mon bel amour, reviens moi vite ! 
Pourquoi nous ont-ils rejetées ?
Pourquoi nous ont-il…
Pourquoi nous…
Pourquoi ?</description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>De la part d&#8217;un écrivain eurélien connu de la Piquouse :</p>
<p>BERLIN</p>
<p>Mille et une nuits sans que tes jambes ne m’emprisonnent. Mille et un tableaux sans que tes doigts ne retouchent la peinture de nos fantasmes. Mille et un instants éternels souillés par les hommes et leur morale immonde.</p>
<p>* * * * * * </p>
<p>Décembre 93, Tegel.<br />
Les turbulences du vol AF2512 soulèvent la neige grise. Mon Dieu que Berlin semble froide et distante, hostile presque. Tapis dans le brouillard, les démons religieux y survivent.<br />
Une demi-heure et 23 Deutsche Mark plus tard, le taxi me dépose : A.E.G. Sickingenstrasse 26-28. Tes yeux marine, ta peau translucide, tes cheveux de cire, tout en toi évoque la douceur d’une princesse slave.<br />
Plus blanche, plus pure devient soudainement dame Neige Frivole.<br />
Ce pour quoi je suis mutée à Berlin, ma mission, mes nouvelles fonctions, tout s’évapore tandis que le soleil décime les nuages. Ses rayons d’un or plus précieux que celui des alchimistes incendient ta chevelure. Mon coup de foudre inavouable se métamorphose en un fantasme bouleversant : ton corps d’écume communiant avec l’ébène du mien.<br />
Certes, mon éducation plus qu’influencée par deux mille ans de culture judéo-chrétienne ne m’a pas préparée à cela ! La perdition me guette !<br />
- J’ai envie, Non ! Je me consume pour une autre femme ! songe-je avec un délicieux effroi au creux des reins.<br />
Tes lèvres humectant les miennes, tes mains effleurant mes seins, le sel de ton corps sur ma langue. Jamais ils ne l’accepteront !<br />
Mon âme se fond dans le gouffre de tes prunelles noires. Mes doigts se trémoussent entre tes cuisses. Suffocante, submergée par mes ardeurs, je regagne à grand peine la surface raisonnable de ma vie. Bon Dieu ! Je suis la femme comblée dont Justine et Jérémie, mes jumeaux, incarnent l’ éclatant symbole. Sauvée à contre cœur de la noyade, je me raccroche de justesse aux propos du directeur. Son français est hésitant :<br />
- Madame de Peyrac, soyez la bienvenue à Berlin. Voici votre secrétaire : Katharina Schneider. Elle vous montrera votre bureau. La réunion du comité de direction débutera à 13 heures précise, “ pingerlich ” comme on dit ici.<br />
-  Mademoiselle Schneider est née et a vécu en R.D.A, poursuit-il. Elle s&#8217;est évadée quelques mois avant la chute du mur.<br />
Je devine pourquoi il ne s’empêche de préciser cela : tu es une “ Ossie ”, lui un “ Wessie ”.<br />
Ces deux mots méprisables qui résument tristement le drame de l’Allemagne.<br />
Je n’ai pas le droit de t’aimer ! Je serai punie et mon âme brûlera en enfer.<br />
Ainsi donc tu te prénommes Katharina.<br />
Tania ou Malika illustreraient mieux ton absence de pigmentation, cadeau probable d’un lointain ancêtre ukrainien.<br />
Tu me devances dans le labyrinthe des escaliers et couloirs. Ta démarche souple imite celle d’une féline en chasse.<br />
Exploration ! Mes yeux dessinent tes longues jambes sous ta jupe, escaladent le bas de tes reins. Ta nuque rebelle achève mon ascension. Spasme délicieux… le désir me torture déjà. Par les mains de mon mari, par le sourire de nos enfants, j’exorcise ces impulsions impures.<br />
- Contre nature ! cracheront-ils.<br />
Ma princesse d’Orient parle, elle m’explique les horaires, elle insiste sur la pause café du matin : la “ Früstuckspause ”. J’entends les sons, je perçois les mots insipides mais n’écoute plus.<br />
Qui es-tu ? Pourquoi ce mélange de joie enfantine et de tristesse sénile ? Le trouble m’envahit à nouveau, moins érotique et plus mystérieux cette fois-ci.<br />
Je saurai plus tard les sévices que tu as subis, les cicatrices que tu masques sous de trop amples vêtements.<br />
Notant d’un coup d’œil les rayures sur la table acajou et la poussière sur le moniteur de l’ordinateur, je m’assieds.<br />
Afin de fuir ton regard par trop envoûtant, je l’allume. Il fonctionne, miracle ! Merci mon ange gardien. Tu me souris puis t’éclipses, étrange Cendrillon érotique des rêves de Grimm. Mon ange est venu…peut-être a-t-il enfanté un démon…<br />
Deux jours de travail, deux jours d’acclimatation à cet environnement professionnel.<br />
Tu joues à merveille ton rôle d’assistante. Distante mais efficace. Mes questions indisciplinées t’effarouchent à peine. Quoique ma culture latine surprend désagréablement ton habitude d’ordre, tu te maîtrises. Aptitude typiquement germanique.<br />
Le troisième jour, je cherche un logement. Le pavillon de Lübars me satisfait. Deux mois se seront écoulés lorsque mon mari et nos deux enfants m’y rejoindront. Ils se plairont ici.<br />
Dans l’antre de nos péchés.<br />
Premier week-end en célibataire. Tu me suggères la visite des curiosités de la ville. Ne sachant s’il s’agit d’une corvée que l’on t’impose ou le désir de prolonger ensemble cette semaine, j’accepte, enfouissant au mieux mon condamnable secret.<br />
Nous visitons le Weinachtsmarket de Pankow, arpentons le &#8220;Kudamm&#8217;&#8221;, l’OlympiaStadion puis nous réfugions à la Luisenbrau. L’écume blanche sur tes lèvres.<br />
Cette ville diffuse une atmosphère subtile, riche et perverse aussi. Comme toi. Je le perçois.</p>
<p>Samedi 23h.<br />
Tu m’invites à dîner dans le quartier juif. La bière casher me monte à la tête. Gros plan sur ta bouche écarlate.<br />
Nos mains se frôlent, involontairement. Deux amantes se cherchent. Nos mains se frôlent encore, moins involontairement. La lumière feutrée, les ombres chinoises improvisées par nos doigts qui hésitent encore à s’entrelacer, de petits riens qui nous exaltent et enivrent. Nous ne terminerons pas le repas, le désir dans mon ventre et ma tête hurle après notre intimité ! L’urgence nous coupe déjà le souffle.<br />
Leurs regards nous ont exclues…<br />
Nous partons, deux corps déjà unis, prémices d&#8217;une trop courte nuit de tendresse.<br />
Tes pas crissent dans la neige qui a purifié l’Oranienburgerstrasse. La vision de ses prostituées en fuseaux pastels me fait ralentir, douter aussi. Tu m’embrasses les cheveux en murmurant :<br />
- Elles n’ont pas d’autre choix&#8230; condamnées sans procès…<br />
Malgré la tempête amoureuse qui m’aveugle, je devine :<br />
- Nous ne serons pas défendues, nous non plus…<br />
Eclair de conscience foudroyant : ton âme recèle autre chose que l’amour et l’envie de ma chair. Tes yeux m’implorent de ne rien demander, parce que cette nuit nous appartient.<br />
Nous rejoignons Lübars, le havre de mon expatriation. Ma chambre, le lit en merisier et les draps parfumés nous accueillent. Explosion de soupirs.<br />
Nous ferons l’amour souvent dans cette demeure. Tes sourires, tes rires et aussi tes sanglots l’imprégneront.<br />
Plus tard, il leur faudra exorciser ce lieu maudit…<br />
- Toi, ma Katharina, ma Kathy, nue sous la douche. Mes larmes se mêlent aux gouttelettes brûlantes, l’eau vive s’engouffre dans tes cicatrices puis rejaillit comme une source bouillonnante. Tu me consoles.<br />
Tu contes les tentatives échouées, ces heures interminables où les geôliers soviétiques te maintenaient prisonnière, sans vivre ni eau. Tu tiens secrètes leurs odieuses caresses.<br />
Parce que tu es lesbienne, tu fut maudite. Dorénavant, je me consumerai dans les flammes de ton enfer.<br />
A travers tes paroles, j’entends les chuchotements morbides des cachots. A travers ton regard, j’aperçois les hallucinations de l’isolement.<br />
Sauvée de la barbarie communiste, as-tu conquis ta liberté au sein de l’horreur capitaliste ? D’où provient le malaise que je devine en toi ?<br />
Le regard de l’autre. Le jugement aveugle…<br />
Amantes depuis quatre semaines déjà, tu m’enseignes l’âme de Berlin. Au delà du tourisme, au delà des mythes, tu m’expliques les vérités, entre gris clair et gris foncé :<br />
Brandenburg Tor : s’ils pouvaient choisir, dans quelle direction regarderaient les chevaux , Est ou Ouest ?<br />
Ton âme brûle à jamais.<br />
- Tu ne m’en dis pas plus, adorable bouche tordue par la douleur du souvenir terrible.<br />
Ton mystère me charme et m’intrigue. Il m’inquiète aussi…Il ne se passe pas une heure sans que mon imagination ne crée les hypothèses les plus indécentes. Je crève de jalousie. Pourquoi ne pas me dévoiler ton passé ? Pourquoi ne pas rechercher ta famille ?</p>
<p>* * * * * *</p>
<p>Lorsque mes lèvres prononcèrent “ Kathy ”pour la première fois, tes yeux se sont illuminés, ce diminutif adoucit les sons gutturaux.<br />
La pureté de notre amour te régénère. Depuis moi, tu revis.<br />
Chaque fois tu affirmes effrontément que par mes cordes vocales, même les syllabes les plus hachées deviennent notes harmonieuses, que mon accent change la barbarie en mélodie de harpe. Ton minois enjoué et coquin respire le mensonge.<br />
J’embrasse tes paupières, ton nez. Le parfum de tes cheveux m’enivre un peu plus. Ta respiration haletante sur mes seins.<br />
Pendant quelques secondes je me souviens : les marches de la SiegesSaüle, trop essoufflée par l’ascension tu refusais mon baiser. Puis le vent souleva ma robe.<br />
Brune Marilyn, sombre Norma ! Nous avons ri, tant ri que les touristes japonais quittèrent la place sans prendre une photo. Scandale ! Notre amour dérange-t-il donc à ce point ? Qui en a décidé ainsi ?<br />
Mon mari sera là demain, un week-end de rêves en perspective. Il me manque, pas seulement pour l’habitude rassurante. Je l’adore comme j’adore nos jumeaux&#8230; comme je t’adore.<br />
Enfin tous les quatre, nous visitons le Stade Olympique. Tu nous rejoins « par hasard », les enfants t’adoptent en quelques secondes. Tu les as ensorcelés&#8230; D&#8217;un regard coléreux, je te mets en garde : “ N’attise pas l’étincelle qui brille dans les yeux de mon homme ! Je ne saurais te partager, ni dans l’immédiat, ni jamais.&#8221;.<br />
Ton sourire narquois me rassure.<br />
Voulais-tu provoquer ma jalousie, éprouver l’étendue de mon amour envers toi ? Tu m’aimes donc tant que cela…<br />
Sept mois de double vie, sept mois d’harmonie. Le bonheur familial, calme et serein y côtoie notre liaison, que je ne qualifie plus de sulfureuse depuis bien trop longtemps. Et pourtant&#8230;<br />
Et pourtant d’autres veillent. Misérables détenteurs de la morale universelle…<br />
Notre passion impose l’exclusivité, or ma responsabilité de maman l’interdit. Tu devrais me le reprocher, un peu. Que vois-tu et moi pas ? Que sais-tu que je ne sache point encore ?<br />
Depuis l’arrivée des miens, notre relation indécente s’amplifie en qualité. Chaque instant de tendresse péniblement volé à la normalité homophobe renforce notre amour. Chacune des caresses subtilisées malicieusement au conformisme stupide enrichit notre complicité.<br />
Nos jeux érotiques gagnent en créativité.<br />
- Kathy, tu es la Spree, je suis Berlin. Enlaçons-moi, abreuvons-moi à la source de nos lèvres.<br />
- Je suis ce mur de béton humain, armé de barbelés ! Embellissons-moi de tags multicolores.<br />
Autant de fécondité artistique qui n’appartiendra à personne d’autre que nous, autant de fantasmes entre toi et moi.<br />
Mais entre nous, entre toi et moi. Il y avait les autres…</p>
<p>* * * * * *</p>
<p>Aussi inimaginable que cela puisse paraître, six années d’amour interdit se sont écoulées, six années en toute impunité.<br />
N’ont-ils donc rien vu encore ? Non, c’est impossible. Notre amour crève les yeux.<br />
Mon Dieu que les jours et les nuits sont trop courts lorsque la passion vous épouse et pénètre.</p>
<p>* * * * * * </p>
<p>La rupture brutale de notre liaison fera un violent écho à l’épanouissement de nos fleurs du mal. Elle se profilait inéluctablement.<br />
- Notre amour est malsain, ont-ils fini par vomir.</p>
<p>* * * * * *</p>
<p>Alter Fritz, 28 décembre 99, 21 heures. Le serveur me remet une enveloppe. Tu ne viendras pas, tu ne viendras plus&#8230;Sans vraiment savoir comment ou pourquoi, je l’avais pressenti. Le jour des Innocentes…</p>
<p>Christel, cristal de mes amours chéries,</p>
<p>je sais ce que tu allais m’offrir&#8230; Mais jamais je ne supporterais de mettre en danger ton foyer. Je ne puis accepter ton cadeau dans les circonstances actuelles. Le risque de voir notre relation déchiquetée m&#8217;est invivable.<br />
Je t’aime d’amour déraisonnable, pour toujours. Pardon</p>
<p>		Ta Kathy</p>
<p>* * * * * *<br />
Ma Kathy m’a quittée… tic … tac… l’horloge s’est arrêtée !<br />
* * * * * *</p>
<p>Une semaine, un mois, une année, trois années. La douleur ne s’efface. L&#8217;absence de certitude empêche mes plaies sanguinolentes de se refermer, toi seule pourras un jour les cicatriser.</p>
<p>L’esprit bienveillant qui règne sur Berlin me soutient. Bien qu’il ne comble aucunement le vide de toi.<br />
Dans quelques jours mon mari m’accompagnera un seconde fois à la maternité. Notre troisième enfant viendra emplir un peu plus mes nuits sans sommeil.<br />
Kathy, mon bel amour, reviens moi vite !<br />
Pourquoi nous ont-ils rejetées ?<br />
Pourquoi nous ont-il…<br />
Pourquoi nous…<br />
Pourquoi ?</p>
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		<title>Par : Anonyme</title>
		<link>http://lapiquouse.info/archives/4395#comment-429718</link>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Nov 2009 16:51:29 +0000</pubDate>
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		<title>Par : MPM</title>
		<link>http://lapiquouse.info/archives/4395#comment-429715</link>
		<dc:creator>MPM</dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Nov 2009 16:17:51 +0000</pubDate>
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