La saga de l’été (3)

Une saga pour l’été : des subprimes à la récession ultralibérale, retour sur 30 ans de tromperies (3)

Résumons-nous…

Acquis n° 1 : une épargne mondiale surabondante liée aux excédents commerciaux cherche des placements rémunérateurs et sert, en particulier, à financer principalement la consommation américaine. Mais on peut dire aussi avec Anton Brender que c’est parce que les américains ont consommé en s’endettant que les pays émergents ont pu dégager cette abondante épargne ou comme l’a dit Ben Bernanke (patron de la Fed, la Banque centrale étasunienne)) que les États-Unis d’Amérique « se résignent » à dépenser les excédents d’épargne des autres pays. Ces derniers auraient pu utiliser leur épargne à développer leur système de santé, d’éducation, leurs infrastructures…

Acquis n° 2 : les réserves importantes de changes de la Chine liées à ses excédents commerciaux importants placés sur les titres obligataires américains font baisser les taux d’intérêt long terme favorisant le boom immobilier américain via les prêts hypothécaires pas chers et favorisant par l’effet de richesse positif la consommation des ménages américains générant les excédents commerciaux chinois…

Acquis n°3 : les pays émergents sont obligés d’accumuler d’énormes réserves de change suite à leurs excédents commerciaux pour éviter une appréciation de leur devise et donc une perte de leur compétitivité - prix mais aussi afin de se protéger contre les instabilités monétaires..

Ainsi résumé, on commence à avoir une idée du contexte dans lequel va éclater la bulle des subprimes. Cependant, il faut développer d’autres éléments du contexte.

Des politiques monétaires accommodantes ou l’argent pas cher.

Après l’éclatement de la bulle internet en 2000 et pour lutter contre le ralentissement annoncée de la croissance étasunienne suite aux évènements du 11 septembre 2001 (ainsi que la crise de défiance liée aux faillites frauduleuses d’Enron et de Worldcom), une politique monétaire expansionniste est menée par Alan Greenspan (ancien patron de la Banque centrale étasunienne, la Fed), c’est-à-dire une politique monétaire de taux d’intérêt court terme (taux sur lequel la Banque centrale a prise) très bas (0 % en réels voire moins et cela à partir de 2002) afin d’injecter des liquidités dans le système financier pour éviter les faillites en cascade et favoriser les crédits à la consommation et de permettre également de financer l’investissement dans le but de soutenir la croissance économique et l’emploi.

La leçon des années 1930 semble avoir été retenue. Cependant, mécaniquement, cette baisse des taux d’intérêt fait monter le prix des actifs financiers (actions et obligations). Comme l’écrit Anton Brender, ce n’est pas par « passion pyromane » que la Fed a baissé ses taux mais « … pour maintenir l’économie américaine le plus près possible du plein-emploi, face à des pressions déflationnistes qui tendaient à l’en écarter… ».

En effet, une épargne mondiale forte réduit la croissance économique des pays de l’OCDE qui réagissent par cette politique monétaire expansionniste (faible taux d’intérêt à court terme) : une forte épargne réduit la demande de biens et donc la production en situation de sous-emploi mondial – ce qui est le cas avec l’arrivée sur le marché mondial de l’emploi des chinois et des indiens (+ 1,5 milliards de travailleurs) – et en situation de sous capacité de production. Ainsi cette épargne cherche, plutôt qu’à s’investir dans la production, à se placer sur des actifs financiers (actions, obligations) ce qui fait monter la valeur en bourse de ces actifs entraînant une baisse (mécanique) des taux d’intérêt (leurs rémunérations) - car les emprunteurs ont le choix.

Acquis n°4 : l’épargne mondiale surabondante oblige à mener une politique monétaire expansionniste afin de soutenir l’activité économique via la demande en produisant une baisse des taux d’intérêt tout en conduisant à une augmentation du prix des actifs. Cela favorise un endettement facile et excessif débouchant sur des bulles et des crises financières à répétition, méfaits classiques de l’argent pas cher.

Acquis n°5 : « Le monde connaît à la fois une situation d’excès d’épargne et de politique monétaire excessivement expansionniste. La seconde est une compensation de la première afin d’éviter la perte de croissance qui viendrait de l’excès d’épargne ; les deux se cumulent pour conduire à des taux d’intérêt très bas et donc des bulles périodiques sur les prix des actifs, donc des crises périodiques liées à l’explosion de ces bulles. » P. Artus, Flash économie, Janvier 2009.

Nous pourrions ajouter que face à la stagnation, a minima, du pouvoir d’achat de la classe moyenne étasunienne, sous la pression de ce que F. Lordon appelle « le capitalisme de basse pression salariale » à savoir le dictat de la rentabilité actionnariale et de la concurrence qui écrase les salaires, cette stratégie de taux d’intérêt faible a permis le maintien de la consommation de cette classe moyenne au prix d’un très fort endettement. L’Amérique vit au dessus de ses moyens, certes, mais l’explosion des inégalités de salaires est révélateur de la formidable lutte des classes qui s’est jouée sous l’ère Bush, confirmée par l’homme d’affaires milliardaire Warren Buffet : « Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner. »

La semaine prochaine, la crise des subprimes arrive !

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