La saga de l’été (2)
Une saga pour l’été : Des subprimes à la récession ultralibérale, retour sur 30 ans de tromperies (2)
Après avoir fait un peu de plomberie…, arrêtons-nous maintenant sur le cas de la Chine.
La forte croissance économique de la Chine ces dix dernières années a élevé son PIB fin 2007 à 3 100 milliards de dollars. Elle a accumulé une épargne liquide de 5 000 milliards de dollars en 2007, liée à ses excédents commerciaux, notamment vers les États-Unis d’Amérique.
Les réserves de change de la Banque centrale de la Chine, placées principalement en obligations américaines, représentaient en novembre 2007 environ 1 430 milliards de dollars.
Le taux d’épargne des ménages chinois est de 55 % du PIB en 2006 contre 24 % pour l’Union européenne. P. Artus, M-P Virard.
Un peu de mécanique !
Un exportateur chinois échange ses dollars obtenus par son commerce contre des yuans auprès de sa banque commerciale car il paie son loyer, ses salaires en yuans… Cette dernière se retourne vers la Banque centrale chinoise. La Banque centrale conserve les dollars dans ses réserves et crée en contrepartie de la monnaie centrale. Cela concourt à augmenter les liquidités mondiales (monnaie créée par les banques centrales).
Pourquoi ?
La Chine cherche à maintenir un taux de change quasi fixe avec le dollar afin d’éviter toute appréciation du yuan qui aurait un impact négatif sur la compétitivité - prix de ses exportations et du coup freinerait sa croissance extravertie.
Plus généralement suite aux différentes crises financières des années 1997-1999, les principaux pays d’Asie ont conservé de très importantes réserves de change pour faire face à l’instabilité des monnaies (J. Sapir) mais également pour être prêt à affronter le risque de crise bancaire (C. Chavagneux).
Un enchaînement imparable
Ainsi les dollars récupérés par la Chine via ses excédents commerciaux sont stockés dans les réserves de la Banque centrale chinoise qui les placent dans des obligations américaines (émissions du Trésor américain), ces dernières servant à financer les colossaux déficits commerciaux et publics des États-Unis d’Amérique
La Banque centrale de Chine place ainsi ses réserves de dollars dans des obligations américaines peu rémunératrices certes, mais sûres, et avec comme objectif de stabiliser le yuan par rapport au dollar. En effet, si la Banque centrale chinoise vendait ses dollars sur le marché cela ferait baisser le dollar par rapport au yuan, handicapant dangereusement sa compétitivité prix.
Par les sommes en jeu, ces capitaux chinois (et d’autres) font pression à la baisse sur les taux d’intérêt long terme (ceux servis sur les obligations), une offre de capitaux supérieure à la demande. Plus généralement, des liquidités mondiales importantes notamment à cause la Chine, on vient de l’expliquer, et l’existence de marchés obligataires internationaux font que les taux d’intérêt à long terme sont bas puisque les banques centrales des pays émergents placent massivement leurs réserves dans des obligations américaines libellées en dollars.
La baisse des taux longs favorise les emprunts hypothécaires puisqu’ils se font à coûts faibles (une forte corrélation existe entre le taux des obligations et les taux des emprunts hypothécaires).
D’où le boom de l’immobilier aux USA, puisque des taux réels (taux d’intérêt nominal – taux d’inflation) autour de 2 % l’an sont une très forte incitation à s’endetter pour acheter de l’immobilier.
Quand l’immobilier est à la hausse, cela crée pour les ménages un effet de richesse positif, c’est-à-dire que les ménages sont plus riches et donc plus solvables et donc peuvent s’endetter plus et plus facilement afin de consommer… des produits chinois ! (iPod est fabriqué par foxconn en Chine).
Cela nourrit à son tour les excédents commerciaux chinois qui augmentent à leur tour les réserves en dollars à la Banque centrale de Chine.
Et l’achat massif par la Chine et les pays émergents d’obligations américaines fait à son tour pression à la baisse sur les taux longs et ainsi de suite…
Remarque : dire que les pays émergents financent les pays riches est donc quelque peu réducteur. « … on dirait que 1,3 milliard de Chinois pauvres, … prête chaque année, individuellement, de 100 à 170 dollars (12 à 20% de leurs revenus selon les sources) à des américains dont le revenu est 15 fois supérieur au leur et ceci pour financer leur consommation publique et privée. » Artus, Virard
De plus, les Chinois ont intérêt à financer par des achats d’obligations américaines la consommation des Américains puisque ces derniers consomment… chinois !
On pourrait plutôt se demander pourquoi les chinois n’investissent pas plutôt dans des infrastructures, de l’éducation, de la santé…
C’est sans doute une des limites les plus visibles du développement par promotion des exportations, poussé il est vrai par la Chine à l’extrême. D’ailleurs, la Chine en a pris conscience puisqu’elles commencent, depuis 2006, à investir et prendre le contrôle d’entreprises dans différents secteurs : pétrole, ressources minières mais aussi banques, télécom, aéronautique… Elle est de plus en plus présente en Afrique pour contrôler les ressources dont son développement a besoin…
Cette prise de conscience est à lire également dans les 585 milliards de dollars investis sur deux ans dans leur plan de relance en 2009, tourné justement vers les infrastructures pour le « bien-être du peuple »…
La semaine prochaine : l’argent pas cher !
Kritik