La saga de l’été (1)

Je vous propose pour l’été de revenir sur le déroulement des événements financiers, bancaires et économiques mondiaux de ces trente derniers mois qui s’inscrivent dans la continuité de 30 ans d’ultralibéralisme « destructueur ». Je vais essayer de démonter les différents mécanismes qui nous ont précipité dans cette récession, pour ne pas parler de dépression.

À propos, vient de sortir chez Fayard le dernier ouvrage de Frédéric Lordon « La crise de trop. Reconstruisons un monde failli ». Cela vous fera un excellent livre pour la plage… C’est parti…

Une épargne mondiale trop abondante

Quelques chiffres pour commencer. Le taux d’épargne mondiale représentait environ 22% du PIB en 2000 contre 27% en 2007-2008. Les pays d’Asie et les pays exportateurs de pétrole ont dégagé un excédent d’épargne de 800 milliards de dollars en 2005, ce qui signifie qu’ils ont dépensé 800 milliards de dollars de moins qu’ils n’ont gagné.

En 2006, l’excédent était pour l’Asie de 320 milliards de dollars, pour la Russie, 100 milliards de dollars soit 10 % de son PIB, pour les pays de l’OPEP, 250 milliards de dollars soit 20 % du PIB. En valeur cumulée depuis 2000, cela représente 970 milliards de dollars pour la Chine, 460 milliards de dollars pour la Russie et 1 930 milliards de dollars pour l’OPEP.

Ces excédents ont été obtenus pour les uns grâce à leurs exportations, pour les autres grâce à l’augmentation des prix de l’énergie et des matières premières, prix tirés à la hausse par la croissance mondiale, et particulièrement la croissance chinoise.

Symétriquement et logiquement, les pays développés sont déficitaires depuis 2000 avec, bien entendu, les États-Unis d’Amérique avec 800 milliards de dollars en 2005. Mais cela est vrai également pour l’Espagne, le Royaume-Uni.

En valeur cumulée depuis 2000, le besoin de financement des États-unis est de 4 660 milliards de dollars.

Pourquoi symétriquement et logiquement ?

Rappel n°1 : Un peu de plomberie ! Pour que les uns puissent gagner plus qu’ils ne dépensent – en épargnant –, il faut que d’autres dépensent plus qu’ils ne gagnent – en s’endettant – puisque la dépense des uns est le revenu des autres. Et c’est parce que les ménages américains se sont endettés que les pays d’Asie et de l’OPEP ont pu engranger des excédents, et non le contraire !

Si personne ne s’endette, c’est-à-dire cherche à dépenser plus qu’il ne gagne, alors l’activité économique, ici mondiale, doit se réduire jusqu’à ce que les revenus s’égalisent, à la baisse, aux dépenses. Concrètement cela se traduit par une récession mondiale et ses conséquences.

De plus, pour que l’argent de l’épargnant (les placements chinois par exemple) rapporte, il faut que l’argent « travaille », c’est-à-dire qu’il faut que quelqu’un l’emprunte (les ménages américains) et paie un intérêt pour cet emprunt à la banque qui en reversera une partie à l’épargnant.

Ainsi cette épargne venant principalement des pays émergents (plus le Japon) cherche logiquement à se placer là où cela rapporte le plus, et plutôt sur les marchés américains ou européens (Angleterre et Espagne) que sur leurs marchés locaux qui sont peu développés dans des environnements à risques (politiques, économiques…).

Rappel n°2 : Un exemple historique

Les mêmes mécanismes sont à la source de l’endettement des pays du tiers monde dans les années 1970 où il fallait recycler les pétrodollars (dollars issus du pétrole), abondants et pas chers et trouver donc des emprunteurs : les PED (pays en développement) qui cherchaient à se développer furent tout désignés avec les conséquences (crise de la dette…) que l’on connaît quand le contexte s’est retourné au début des années 80.

La semaine prochaine nous ferons un peu de mécanique !

Kritik

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