« Travailler peut nuire gravement à votre santé » (1)
Puisque le gouvernement de l’oligarchie a remis sur le tapis les retraites, avec une provocation concernant l’âge de la retraite qui serait reculé à 67 ans – et l’on a bien ici un exemple de lutte des classes –, je vais aborder la question en amont (avant de traiter la question des retraites ultérieurement) à partir d’un ouvrage remarquable « Travailler peut nuire gravement à votre santé » de Annie Thébaud-Mony chez La découverte/Poche 2007-08. L’auteur est sociologue à l’Inserm.
Conformément à mon habitude, je vais dégager les grandes idées à l’aide de citations de l’auteur. Commençons par quelques chiffres : 700 000 accidents du travail par an déclarés soit une moyenne de 2 000 par jour ; le quart touche des jeunes de moins de 25 ans alors qu’ils ne représentent que 7 % du total des travailleurs ! Pour l’auteur, l’expression « victimes d’accidents du travail » résonne dans les médias, dans les milieux professionnels comme une fatalité, cela fait partie de la vie au travail et, sous entendu, nous n’y pouvons pas grand-chose. Pourtant elle affirme, et elle le démontrera, que l’organisation du travail et les conditions de travail résultent de choix délibérés et de ce fait « l’accident » n’est jamais le fruit du hasard.
Par ailleurs, Philippe Askenazy, dans « Les désordres du travail » à la République des idées, explique que les Étas-Unis au début des années 90 atteignaient des sommets en termes d’accidents du travail et de maladies professionnelles. Pourtant, en 10 ans aux États-Unis, on a assisté à un retournement et à une diminution massive des accidents du travail. L’explication d’Askenazy : « …les entreprises américaines ont intégré les questions de santé et sécurité au travail à leurs investissements en matière d’organisation du travail et à la formation dispensée aux travailleurs. » et cela s’est effectué sous la pression d’un véritable contre-pouvoir : les syndicats. Mais pour une analyse fine et argumentée je vous renvoie au chapitre V de son livre.
Pour A. Thébaud-Mony, il existe deux représentations dominantes des accidents du travail. D’abord, celle issue de la loi sur le travail de 1898 qui considère l’accident du travail comme un risque « relevant de la mathématique des assurances indépendamment des causes et des responsables ». Il faut indemniser les victimes « rapidement » et surtout faire disparaître le caractère « criminel » des actes ainsi que la responsabilité de ceux qui en sont les auteurs.
L’autre conception pose l’accident du travail comme une « erreur humaine » individuelle ou comme une faille du système technique mais ne retenant pas les dimensions organisationnelles. Existe pourtant une autre conception, nous dit l’auteur, qui considère l’accident du travail comme un enjeu des rapports sociaux de domination à savoir que les rapports sociaux permettent d’imposer de mauvaises conditions de travail.
En effet, l’accident du travail est le résultat d’une histoire qui fait se croiser :
- des choix stratégiques d’entreprises (organisation, techniques…),
- des politiques publiques, comme organiser l’impunité des employeurs, accepter la sous-traitance comme détournement du code du travail…,
- des itinéraires de vie des travailleurs dont les choix sont le plus souvent contraints.
L’auteur expose les différentes responsabilités des différents acteurs. La responsabilité des industriels qui ont exposé ou exposent les travailleurs à des risques connus comme pour l’amiante mais aussi le nucléaire.
La responsabilité de l’État et des pouvoirs publics à travers la contradiction entre la croissance « Ah la croissance !) et la défense de l’intérêt général (un peu comme pour le développement durable).
La responsabilité des médecins, des scientifiques et des experts, certains ayant adoptés les impératifs économiques, et j’entends encore le pauvre Allègre déclarer qu’à Jussieu, l’amiante c’était sans danger !
Bien sûr, certains disent que le risque zéro n’existe pas et c’est vrai, que l’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, qu’il y a un calcul coût-bénéfice et même si bénéfice « est rebaptisé croissance économique pour donner l’illusion d’une contribution à l’intérêt général… ». Seulement ceux qui supportent les risques et le paient dans leur chair ne sont pas ceux qui profiterons des fameux bénéfices et vice et versa ! Ainsi les sept chapitres de l’ouvrage illustrent le fait qu’au nom des règles impitoyables du capitalisme néo libéral, l’impunité des responsables est totale.
Dans la prochaine chronique, je m’intéresserai plus particulièrement aux méfaits de la sous-traitance, notamment dans le nucléaire.
Kritik
21 juin 2009 à 9:45
Jusqu’ici aucun gouvernement n’avait touché à l’âge de la retraite.
Reculer l’âge de la retraite, les personnes travailleront encore plus tard qu’adviendra t-il des jeunes arrivant sur le
marché du travail. La hausse du chômage ne sera t-elle pas plus élevée ? ! …