Le grand truquage ou comment le gouvernement manipule les statistiques (2)
Suite de la synthèse de l’ouvrage de Lorraine Data.
« Comment fabriquer les bons chiffres de la délinquance ? »
Dans ce chapitre, les auteurs dénoncent les manipulations et l’utilisation des statistiques au service d’une communication politique notamment pour les campagnes électorales. Mais pas uniquement. Et de citer le cas de la Rachida Dati qui déclare avoir rencontré un mineur de Marseille condamné 52 fois et qui a commis 190 délits. Sauf qu’après enquête, ce mineur n’existe pas. Mais l’essentiel était de pointer du doigt en frappant les esprits et les cœurs la délinquance des mineurs, nouvel objectif. Si ce n’est pas du storytelling, l’émotion contre la raison, je ne sais pas ce que c’est !
- Il faut comprendre que les statistiques de la délinquance sont les statistiques de police et de gendarmerie et les sociologues nous le disent depuis longtemps : ces statistiques mesurent surtout l’activité de la police et de la gendarmerie puisque « on demande aux policiers et aux gendarmes d’obtenir les résultats demandés à l’avance par le ministre, en fournissant eux-mêmes les éléments pour s’assurer qu’ils ont bien rempli leur mission. »
- Face à un impératif de résultats, deux solutions : pour réduire les chiffres faire en sorte de diminuer les plaintes des victimes : main courante, contravention, regroupement de plusieurs faits en un seul… et pour augmenter les taux d’élucidation ne traiter que les affaires simples dont on connaît les auteurs.
Et évidemment cela fonctionne…
Les auteurs détaillent finement la fameuse baisse entre 2002 et 2007 : si les vols ont effectivement diminué, notamment les vols de voitures, cette tendance à la baisse date de…1993 et est surtout due à une meilleure protection des véhicules. En revanche, les atteintes aux personnes ont fortement augmenté, en raison notamment des changements de la société à l’égard de la violence.
En conclusion : ne pas oublier dans le futur bilan brillant de la lutte contre la délinquance que « la statistique de police semble surtout devenue un outil de contrôle administratif interne et de communication politique externe, d’aucuns diraient de propagande… ».
« Immigrations : controverses… dans un désert médiatique. »
Tout est dit dans le titre : les chiffres sur lesquels s’appuie le ministre sont ceux communiqués par le ministre ! Cela serait comique si les effets (de la reconduite aux frontières par exemple) n’étaient pas si souvent dramatiques !
Les auteurs citent la référence à l’article de Patrick Weil « Politique d’immigration : le dessous des chiffres » Le Monde 14 janvier 2009. Indispensable.
Éducation : silence dans les rangs ?
On apprend ainsi qu’au ministère de l’éducation il y a de la rétention d’informations : rapport, notes d’information restent stockés sur le bureau du ministre. Évidemment cela est démenti !
Au passage, les auteurs rappellent que le ministère s’appuie sur les résultats médiocres des élèves de lycée à l’enquête PISA : Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves, pour justifier la réforme nécessaire du lycée en oubliant que PISA porte sur les élèves de 15 ans qui sont soit en fin de troisième, soit en seconde, ce qui mesure surtout la médiocre efficacité du collège, dont le ministre ne parle pas !
Je ne parlerai pas des chapitres 2 et 3 de l’ouvrage de Lorraine Data concernant les chiffres du chômage et des heures supplémentaires puisque j’ai déjà développé diverses manipulations dans différentes chroniques.
Je rappellerai simplement le contenu de ma chronique 30 au sujet de la récession qui s’était arrêtée à la frontière de la France au troisième trimestre 2008 !
Pour finir, il est bon de rappeler avec les auteurs l’importance d’un outil statistique indépendant de toute pression politique ; pour une démocratie cela reste quand même la moindre des choses !
Et il faudrait éviter d’entendre dans la bouche du ministre du budget, le Éric Woerth : « L’Insee prévoit une croissance faible au deuxième trimestre. Nous, nous disons que l’Insee est pessimiste. »
Kritik
PS : Pierre Concialdi, chercheur à l’IRES, est l’un des auteurs de l’ouvrage qui, lui, n’a pas obligation de réserve.
6 juin 2009 à 15:56
on ne s’en lasse pas des billets de kritik
7 juin 2009 à 10:19
pas de bulletin de vote des verts pour la liste europe écologie, ce dimanche 7 juin à la mairie de st prest