Storytelling ou l’art de raconter des histoires (4)
Le storytelling est utilisé aujourd’hui intensément dans le monde politique via la communication politique.
C. Salmon fait remonter l’origine de l’utilisation du storytelling en politique à l’ère Reagan. Utilisé par Clinton mais c’est sous Bush fils que son utilisation est devenue l’arme principale des gouvernants.
L’objectif n’est plus de transmettre de l’information ni d’éclairer des décisions mais d’agir grâce à des histoires sur les émotions et les états d’âme des électeurs, considérés de plus en plus comme le public d’un spectacle.
Critères d’une bonne communication politique :
Des personnages et des récits et non plus des argumentaires et des programmes.
« Le président est le scénariste, le metteur en scène et le principal acteur d’une séquence politique qui dure le temps d’un mandat. »
Cela revient à « la mise en scène de la démocratie plutôt que son exercice ».
Moyens :
- Coordination des flux d’informations.
- Contrôle centralisé de la politique d’information.
- Pouvoir d’influence directe et indirecte sur les médias.
- Mobilisation du soutien public aux initiatives présidentielles.
- Contrôle de l’agenda.
La story du jour :
« Il s’agit moins de communiquer que de forger une histoire et de l’imposer dans l’agenda politique. »
En résumé :
« Il ne s’agit plus seulement d’informer efficacement le public sur les décisions de l’exécutif en s’efforçant de maîtriser l’agenda politique. Mais de créer un univers virtuel nouveau, un royaume enchanté peuplé de héros et d’anti-héros, dans lequel le citoyen acteur est invité à entrer. »
C. Salmon applique son modèle à l’élection de Barack Obama dont vous pourrez lire une analyse dans le Télérama du 21 novembre 2008 : « Obama, c’est l’art du storytelling porté à son incandescence ».
Évidemment en France, la stratégie de communication politique - pendant sa campagne électorale et depuis qu’il est au pouvoir - de notre « cher » président est entièrement basée sur le storytelling : la story du jour, nous y avons droit … tous les jours. Ai-je vraiment besoin de prendre des exemples ?
Mais trop de storytelling ne tue-t-il pas le storytelling ? Peut-être ! En tous les cas, cela peut déraper lorsque justement la story du jour est le fait des journalistes et non de la présidence : les propos tenus (ou qu’il aurait tenus et vous comprenez que l’important n’est pas là ) par notre « cher » président sur le premier ministre espagnol et rapportés par la presse a mis la présidence en difficulté, car cette dernière ne contrôlait rien, pour une fois. Pas pour longtemps cependant, car la contre-narration est venue quelques temps plus tard : l’histoire de la compétition sur la beauté et l’élégance des épouses lors du sommet espagnol !
Remarquons que les journalistes pourraient peut-être enfin se réveiller et ne plus subir « l’agenda politique » de l’Élysée.
J’ajouterais également que les propos tenus par notre « cher » président n’ont pas besoin d’être juste : l’erreur et/ou le mensonge sont volontaires car finalement il ne nous raconte que des histoires et c’est bien cela l’important !
Allez faire un tour à cette adresse internet où Salmon fait une analyse sur notre « cher »président : http://www.betapolitique.fr/Salmon-Sarkozy-ou-l-illustration-02349.html
Je terminerai cette chronique sur le storytelling en général et le storytelling politique en particulier en vous recommandant évidemment chaudement l’ouvrage de C. Salmon et en vous citant in extenso un passage (p 169) du livre qui fait froid dans le dos - quand l’émotion joue contre la raison.
« Antonin Scalia, juge à la Cour suprême des États-Unis et donc chargé du respect de la Constitution, en juin 2007, a lors d’un colloque de juristes à Ottawa justifié l’usage de la torture en se fondant non pas sur l’analyse des textes juridiques mais sur l’exemple de … Jack Bauer ! Évoquant la deuxième saison de la série, au cours de laquelle on voit le héros sauver la Californie d’une attaque nucléaire grâce à des informations obtenues au cours “d’interrogatoires musclés “, il n’a pas craint d’affirmer : ” Jack Bauer a sauvé Los Angeles, il a sauvé des centaines de milliers de vies. Allez-vous condamner Jack Bauer ? Dire que le droit pénal est contre lui ? Est-ce qu’un jury va condamner Jack Bauer ? Je ne le pense pas. Ainsi la question est vraiment de savoir si nous croyons en ces absolus. Et nous devons y croire. ” »
Sans commentaire…
Kritik
16 mai 2009 à 16:25
Ceux de ma génération ont connu, avant l’ère Reagan,Clinton et Buch junior, une époque où l’on ne parlait pas de “Storytelling” mais tout simplement de “propagande”…Bien que le sens soit légèrement différent, c’est curieux comme cà y ressemble…
18 mai 2009 à 0:59
Raconteur d’histoires, Propagande, Politique et journaux à Popol, …
Le marchand de sable passe toujours le soir à 20h.00, derrière l’écran … de fumée.
Contes de fées ou histoires de vampires ?
Sarkosy joue les gauchistes, conspue les affreux patrons entre 2 bises à Miss MEDEF, donne en exemple et à lire la lettre de Bousquet, euh non !, de Moquet.
Il nous fait son Jaurès … La main droite sur le cœur, que fait-il réellement de sa main gauche … :
http://www.lepost.fr/article/2009/04/03/1482859_carla-pas-de-bisou-pour-barack-mais-la-main-au-panier-de-son-epoux.html
Heureusement, il nous reste les sciences, là, pas de bla-bla. Tiens l’économie par exemple, l’économie et sa presse :
Le nouvel économiste, “Le journal des pouvoirs d’aujourd’hui” en sous titre, ben voyons … !
Voilà bel exemple de story à faire pleurer dans les chaumières, Sur la photo “choisie” de Rachida, cherchez la citrouille …
http://www.nouveleconomiste.fr/Portraits/1362-Dati.html