Et pendant la crise, les charognards (2)…

À peine ai-je fini de rédiger ma dernière chronique - Pendant la crise, les charognards…, à partir d’un document de l’OCDE - que je tombe sur une analyse équivalente, toujours de l’OCDE, concernant cette fois la France. Et là, comment vous le dire, c’est du brut de brutal !

En pleine crise financière et économique, dans une réalité où des milliers d’emplois sont détruits en France (et bien sûr ailleurs, aux États-Unis, au Japon, en Angleterre…), les experts de l’OCDE ou plutôt les incompétents de l’OCDE n’ont jamais été aussi incontinents, dans tous les sens du terme : une logorrhée « ultraliberticide », une jouissance dans la croyance en leurs remèdes de mort, un mépris revendiqué pour l’humain et plus précisément un amalgame volontaire entre le capital et l’Homme, ailleurs appelé capital humain ! Comme si l’on pouvait utiliser le travail comme on utilise une machine : j’en ai besoin, je l’utilise, je n’en ai plus besoin définitivement, je jette ou version sarkozienne, c’est-à-dire moderne (!), j’en ai besoin par moment, je m’en sers par moment, le reste du temps c’est de la vie partielle avec salaire partiel mais les aides sont entières et entièrement pour l’entreprise ! C’est vrai qu’il vaut mieux être vivant que mort, même partiellement. Quoique !

L’analyse de l’OCDE commence par le rappel qu’en France, les jeunes et les vieux ne travaillent pas assez et pas assez longtemps (taux d’emploi insuffisant) et que cela explique « la majeure partie de l’écart de PIB par habitant par rapport aux pays les plus performants ».

Première remarque : c’est une attaque classique destinée à montrer du doigt tous ces fainéants qui se la coulent douce. C’est vrai quoi, à 70 ans on peut toujours monter sur les toits et porter des charges lourdes ! Remarquez que nos incompétents, eux, ont suffisamment d’esclaves pour faire le boulot pénible à leur place !

Deuxième remarque : c’est une diversion, pour nous faire réagir ou culpabiliser au choix, mais faisant diversion dans les deux cas, c’est-à-dire nous forçant à regarder ailleurs et surtout pas là où il faudrait faire porter le regard de l’analyse. La volonté de faire remonter le taux d’emploi des jeunes et des vieux (rapport entre les actifs occupés et la population correspondante) n’a rien à voir avec « un levier privilégié pour tout à la fois limiter l’exclusion de ces personnes sur le marché du travail et diminuer le coût social de leur prise en charge » comme l’écrit l’Insee, mais plutôt de la volonté de ramener du monde sur le marché du travail et ainsi de renforcer « l’armée de réserve industrielle » à savoir le nombre de chômeurs afin de faire pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail.

Troisième remarque : combien de fois faudra-t-il expliquer à ces incompétents que le PIB est une mesure très insuffisante de la qualité de la vie ? Que depuis les travaux d’Amartya Sen, nous savons qu’il faut au moins utiliser l’IDH, l’Indicateur de Développement Humain, qui, s’il prend en compte le PIB par habitant, élargit la notion à la dimension de l’éducation et de la santé. Ce qui fait que si les États-unis sont la première économie mondiale et aussi le pays le plus « performant »par son PIB par habitant, ils se situent en 2006 à la quinzième place avec l’IDH, derrière la France (onzième) !

Les « priorités » de l’OCDE pour la France, et je cite, sont : « Réduire le coût minimum du travail ; réformer la législation protectrice de l’emploi ; réduire les obstacles réglementaires à la concurrence ; incitation à travailler à un âge avancé ».

Voilà l’essentiel est dit : une bonne dose de liberté, de celle qui tue. Mais l’ensemble fait évidemment système dans une cohérence toute entière au service du marché pour des profits toujours plus gros.

Il faut « Continuer de limiter la hausse future du salaire minimum… ». C’est vrai que la hausse du SMIC, indexée sur la hausse des prix, est vraiment un frein à l’accroissement des profits ! Les profitueurs ont raison. Comme d’ailleurs cette « législation protectrice de l’emploi », trop protectrice, qui freine le licenciement donc l’embauche. Ils ont raison, d’où en 1986 grâce à Chirac, la suppression de l’autorisation administrative de licenciement qui a permis surtout… de licencier plus facilement. Ah ! l’heureux temps où le patron pouvait d’un geste ou d’un rictus se débarrassait de sa main d’œuvre pléthorique afin d’améliorer ses profits !

Et même les freins à la concurrence, ils y pensent pour nous : ces freins qui ralentissent à leur tour la productivité et la création d’emplois ! Mais oui ! Vive l’ouverture des magasins le dimanche ! Et si l’on pouvait créer un nouveau jour dans la semaine, ils seraient pour ! Mais la question pourrait être : pourquoi plus de consommation ?

Je l’ai déjà écrit dans une chronique précédente mais je crois qu’il faut le répéter, et surtout quand la crise économique est là, que certains ont du mal à joindre les deux bouts et qu’il n’y a aucune provocation ni indécence à dire : produisons-nous pour consommer ou consommons-nous pour continuer de produire, c’est-à-dire faire du profit pour les profitueurs ? Ce qui entraîne la question du : produisons-nous du socialement utile ? Et la réflexion suivante : et si nous nous mettions à produire du socialement utile, il y aurait du gâteau pour tout le monde et surtout pour ceux qui en ont le plus besoin : logement, santé, éducation. Et c’est un pont avec l’approche (diverse) de la décroissance joyeuse ! (cf. ma chronique du 24 janvier 2009).

Une autre grande priorité de l’OCDE est, après avoir salué les avancées de la France en 2007, d’aller plus loin dans l’ouverture d’un financement privé des facultés « … notamment en ayant davantage recours aux droits de scolarité, cette mesure se doublant de prêts étudiants remboursables en fonction du revenu ultérieur ». Cela s’appelle la privatisation de l’enseignement supérieur public. Et ce texte de l’OCDE semble être la source d’inspiration de 92 députés UMP qui ont déposé un projet de loi en janvier 2009 (source : libération, éducation sur le net, 13 mars 2009). Ce projet de loi, qui sous prétexte de favoriser les prêts étudiants garantis par l’État – dont je rappelle que les caisses sont « vides » – justifie l’augmentation des droits d’inscription en signant la mort de la gratuité des facultés. Et que les naïfs ou les complices arrêtent de m’accuser de voir le mal partout ! Lisez le texte de l’OCDE de mars 2009, Réformes économiques : objectif croissance, pour la France, je n’invente rien.

Et pour continuer – mais en aura-t-on jamais fini ? – avec tous ces charognards, le patron de la Postbank M. Wolfgang Klein se pose en héros. Il a déclaré, face aux pertes de 821 millions d’euros de sa banque, qu’il demandait, lui-même, personnellement et en personne, de travailler en 2009 pour la somme symbolique de 1 euro.

Il est vrai qu’il a touché 3,3 millions d’euros en 2008 !

Kritik

Un commentaire pour “Et pendant la crise, les charognards (2)…”

  1. 2pasag the papoteur dit :

    Anélyse toujours aussi pertinente et agréable à consulter !!
    il faudra bien un jour que nous les charognons à notre tour :)

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