Luttons-nous vraiment contre le chômage ?
Cette question peut paraître étrange. Pourtant, la réponse n’est pas si évidente !
La lutte contre le chômage depuis la fin des années 70 a été la priorité des priorités dans tous les discours de droite comme de gauche. Sauf peut-être entre 2007 et mi 2008, où là, semble-il, le chômage était vaincu ! D’ailleurs les dépenses des politiques de l’emploi de l’État et des collectivités territoriales représentaient en 2006 1,83% du PIB contre 2,2% en 2001.
C’est vrai que depuis 30 ans tout y est passé… sauf peut-être l’essentiel.
Du traitement social bon teint et généreux (sic) au mauvais traitement social, soupçonneux, infantilisant et méprisant (offre d’emploi acceptable).
Des emplois aidés aux petits boulots (TUC…). De la prime de retour (chez lui) pour immigré en trop (Raymond Barre) aux chômeurs qui « n’a qu’à créer son entreprise » (re-Raymond Barre). Des cellules (on enferme ?) d’accompagnement, de reclassement aux antennes emplois.
Sans compter ces chômeurs que l’on montre du doigt, que l’on soupçonne ou que l’on cache…
Mais oublie-t-on que seulement la moitié des inscrits à l’ANPE sont indemnisés, que l’indemnisation médiane est proche de 900€ par mois (la moitié des indemnisés touche moins de 900€ et l’autre moitié plus de 900€), qu’un chômeur indemnisé est un travailleur qui a cotisé sur son salaire une cotisation chômage et qu’elle est là justement en cas de réalisation de ce risque.
Ah les promesses ! Avec nous vous verrez…
J’ai trouvé le taux de reclassement des salariés de Metaleurop ( fermée en 2003) : 68% en septembre 2007 en comptant les retraités et les dispensés de recherche d’emploi. Si on garde seulement ceux en CDI et ceux qui ont créés leur entreprise, le taux tombe à 50%. Pour les autres : du précaire au mieux… Et pourtant ils se sont battus.
Jean Baudrillard écrivait en 1970 dans La société de consommation p. 70 « … le système industriel ne se soutient que de produire la richesse ET la pauvreté… ». Cela signifie que le système, pour survivre, fabrique de la richesse et en même temps de la pauvreté, du chômage (écrit-il un peu plus loin), le chômage étant ainsi une nécessité impérieuse de la bonne marche du capitalisme.
Vous me direz que Karl Marx l’avait déjà expliqué avec son « armée de réserve industrielle », les chômeurs, qui permet de faire pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail.
Bon voilà qu’il nous déterre Karl Marx. Désolé s’il avait déjà compris beaucoup de choses.
Pour preuve ce qui suit.
Quand l’Europe, avec sa stratégie de l’emploi dite de Lisbonne (mars 2000), demande aux pays européens d’augmenter le taux d’emploi des plus de 55 ans, à savoir la proportion de personnes en âge de travailler (ici de 55 à 64 ans) ayant un emploi (actifs occupés), et non pas de baisser le taux de chômage des 55 ans et plus, à savoir la proportion de chômeurs dans la population active (actifs occupés + chômeurs) de 55 ans et plus, cette demande de l’Europe n’est pas du tout innocente.
L’objectif caché est de lutter contre la baisse « naturelle » du chômage notamment liée au ralentissement de la démographie (plus de départs en retraite et moins de nouveaux actifs), une baisse du chômage qui aurait pour conséquence de créer des tensions dans certains métiers sur les salaires et les conditions de travail. Et alors les salariés pourraient devenir plus exigeants. Et cela l’entreprise ne pourrait pas le supporter. « Vous comprenez nos profits, euh… nos prix… ».
D’ailleurs la retraite à 70 ans que le gouvernement vient de nous pondre, mais rassurez-vous braves gens sur la base uniquement du volontariat (sic) et surtout au nom de la liberté (sic), a le même objectif : maintenir à terme le plus possible de travailleurs (pauvres) sur le marché du travail afin de créer la concurrence entre ces mêmes travailleurs, de créer ainsi un rapport de force défavorable aux salariés. Vous savez maintenant l’utilité de « l’armée de réserve industrielle » !
Je sens que certains se disent que je suis archaïque car voyez-vous, braves gens, K. Marx est mort en 1883. Certes ! Mais 1883 c’est aussi l’année de naissance de J. M. Keynes. Et il recommence ! Keynes ? Voyons, il est mort en 1946 et enterré au début des années 80 grâce aux néo-libéraux comme Milton Friedman, Arthur Laffer, les inspirateurs de la révolution ( !) néo-libérale de Reagan, Thatcher…et puis aussi du Mitterand de 1983.
D’autres doivent se dire que je vois des complots partout.
Et pourtant pour finir je voudrais vous donner un extrait cité par J. Niconoff repris du Canard enchaîné du 16 octobre 1996 : « Dans la conjoncture actuelle, il n’y a que la pression du chômage qui évite une embardée sociale. Une amélioration sur le terrain de l’emploi entraînerait fatalement une pression salariale que le pays ne peut se payer. » Phrases de François Soulé-magnon, conseiller industriel d’Alain Juppé, premier ministre de l’époque.
Alors luttons-nous vraiment contre le chômage… ou contre les chômeurs ?
Kritik
Sources :
- Baudrillard J., La société de consommation, Idées Gallimard 1985, Denoël 1970
- Fajardie F., Metaleurop Paroles ouvrières, Mille et une nuits, 2003
- L’écrit du chœur n°17, Journal de l’association des ex-salariés de Metaleurop-nord (disponible sur internet)
15 novembre 2008 à 10:51
Trop bien
que ne vous ai-je comme prof de sciences éco. heureusement que la réforme est en cours pour vous faire taire ces niaiseries idéologiques.
j’abbore Thatcher et son Angleterre où le taux de chômage est en hausse après avoir épuisé les salariés de ce pays au travail à temps partiel (ben ouaih le temps partiel c’est déjà du travail - oubliant que c’est aussi du chômage partiel). Vive le nouvel ordre esclavagiste néolibéral
15 novembre 2008 à 11:42
Pour celles et ceux qui ont leur carte de fidélité à l’ANPE, on sait bien ce que veulent dire ces initiales : AVEC NOUS PAS D’ESPOIR ! La création de Jacques Chirac version seventies partait pourtant d’un bon sentiment, tout comme l’enfer est pavé de bonnes intentions…
Plus sérieusement, cette vision du chômage comme moyen de pression sur les salariés (et les salaires) se vérifie tous les jours pour celui qui cherche un emploi stable chez un employeur honnête (ce dernier est en voie d’extinction), où ses droits sont respectés et son travail rémunéré à la hauteur de ses compétences et qualifications.
Je complèterai le tableau en précisant que depuis le début de l’année, la direction départementale du travail d’Eure-et-Loir (en charge du contrôle des “démarches effectives de recherches d’emploi actives” des chômeurs inscrits à l’ANPE) sanctionne sans états d’âme celui (tel votre narrateur) qui cherche à faire valoir ces (ses) conditions et refuse par deux fois des emplois sous-payés et sous-qualifiés, et qui d’ailleurs ne correspondent en rien à ses études et qualifications. En d’autres termes, les entreprises du département n’ont que des boulots de merde à proposer, soit vous les acceptez, soit votre indemnisation est supprimée.
Le plus lamentable dans tout cela (à part Fansolo), c’est que les DDTEFP, elles-mêmes un peu victime de dégâts collatéraux, se sont vu supprimer les réserves et les mesures destinées à aider les chômeurs créateurs d’entreprises. Finis les chéquiers-conseils qui permettaient au créateur d’être accompagné dans ses démarches, fini également la prime EDEN (Encouragement au Développement d’Entreprises Nouvelles) qui complétait le financement de l’activité. Ne reste que la “banque des pauvres” (l’ADIE) et le système D. Tout ceci sera peut-être compensé par le prochain “statut de l’auto-entrepreneur”, mais pas avant janvier 2009 ! En attendant, marche ou crève…
15 novembre 2008 à 22:30
Le chômage qui s’aggrave depuis ces derniers mois dans le 28 revèle un fait important.
Les salariés qui se font”virer” des entreprises délocalisées après 20 - 30 ans de bons et loyaux services n’ont jamais bénéficié de la moindre formation.
Tant est si bien qu’ils sont dans l’impossibilité de se reclasser .
Une des premières armes contre le chomage c’est la formation:
-Par une mise à jour des savoirs de base
-Par la connaissance des secteurs qui recrutent,dons par conséquent par une formation technique.
Mais pour motiver les salariés encore faudrait-il qu’une vraie politique d’augmentation des salaires soit menée.
Alors on nous expliquera que sans carnets de commandes les entreprises ne peuvent pas recruter,à voir,puisqu’une des explications de l’élévation du nombre de chômeurs c’est la délocalisation.De plus les profits des entreprises du CAC 40 n’ont jamais été aussi forts.(voir les echos de ce jour)
17 novembre 2008 à 13:00
je ne crois pas que ce soit les 40 boites du CAC qui représentent le plus les entreprises francaises…..
faut arreter de ressortir l’argument des profits du CAC 40, ca devient lourd