Gérard Hamel, sous le pragmatique, l’idéologue

La Piquouse publie ci-dessous une communiqué des Verts d’Eure-et-Loir.

On se souvient que Gérard Hamel, député-maire de Dreux, avait, il y a quelques semaines lors d’une cérémonie à la mémoire des Harkis, rappelé les « bienfaits de la colonisation ». Rappelons-le, en Algérie, les musulmans, pourtant Français, ne pouvaient être citoyens. Ils étaient des Indigènes régis par un code spécial, le code de l’indigénat.  Les soi-disant bienfaits n’ont-ils pas été « dispensés » au prix de bains de sang, après la spoliation des terres, et sous le statut infamant d’"indigène" ? Déjà l’Islam était considéré comme une religion à part. Jamais les musulmans en Algérie ne se virent appliquer la loi de 1905.

Aujourd’hui, Gérard Hamel récidive. Il a déposé avec plusieurs députés à l’Assemblée Nationale une proposition de loi visant à « interdire le port de signes religieux ou de vêtements manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, politique ou philosophique à toute personne investie de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public ou y participant… ». L’exposé des motifs établit le lien avec la loi du 15 mars 2004 qui ne touchait nullement les personnes détentrices de l’autorité, mais bien des élèves portant le voile islamique (et quelques sikhs victimes collatérales). Gérard Hamel regrette que cette disposition n’ait pas été étendue aux universités (pourtant, les jeunes y sont majeurs et la liberté de conscience s’impose à l’évidence !) et prend appui sur une décision de la cour constitutionnelle turque.  Le comble, quand on sait que dans l’histoire de la Turquie, la laïcité a été imposée par la force, dans un régime resté très longtemps dictatorial ? Egalement, la Tunisie de Ben Ali est laïque, comme l’était celle de Saddam Hussein. Mais où est la liberté ? C’est cela notre modèle ? Verra-t-on bientôt Gérard Hamel en tête d’affiche d’une campagne de promotion pour l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne ?

Plus sérieusement : ce projet est inutile : aucune personne en charge de responsabilités dans les services publics ne porte de signe religieux.
Ce projet est discriminatoire : l’article 2 de la proposition veut interdire le port de tenues manifestant une appartenance religieuse dans l’enceinte des établissements relevant des services publics. Car il est évident que le seul signe « ostensible » visé est encore une fois le voile. Encore une fois, ce sont les personnes de confession musulmane, descendantes des colonisés, qui sont bel et bien visées. Une attitude post-coloniale et islamophobe.
Ce projet est dangereux pour la paix civile et sociale, le vivre-ensemble et le devenir commun. Car il tend à stigmatiser, une fois de plus, des citoyens de confession musulmane.

Alors Gérard Hamel, Hyde et Jekyll ? un homme pragmatique en première ligne sur le terrain d’un côté, un idéologue semant la guerre des civilisations au niveau de l’Assemblée Nationale de l’autre ? Pas sûr. Car Gérard Hamel pratique à Dreux aussi le paternalisme du bon vieux temps… Il est temps d’ouvrir les yeux !

Les Verts d’Eure-et-Loir invitent Gérard Hamel et ses collègues à la Raison dans un esprit laïque et républicain. Ils déclarent leur attachement à la laïcité garante du vivre-ensemble dans un esprit d’égalité des droits, de fraternité universelle, de liberté de conscience et de respect mutuel.

Un commentaire pour “Gérard Hamel, sous le pragmatique, l’idéologue”

  1. Nicolas F dit :

    Voila une proposition de loi sans grand intérêt. En effet, le Conseil d’Etat dans son avis de 2000 Demoiselle Marteaux a clairement indiqué qu’il découlait du principe de neutralité des service spublics que les agents ne devaient pas porter de signes qui manifestent une appartenance religieuse. Il en va de même pour des signes politiques ou philosophiques d’ailleurs.

    L’idée de légiférer sur une question deja tranchée parait peu pertinente. Cela revient à complexifier les choses sur une question où il n’y a pas lieu à débat.

    Par contre je ne suis pas d’accord avec l’auteur de l’article qui émet une critique sur le contenu du principe et non l’idée de légiférer Le principe de neutralité des agents est important. Il en conditionne la confiance que les usagers auront dans le service public. Il est donc un corrolaire du principe d’égalité.

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