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Sous l’aisselle de Bairute (55)

Par MPM • vendredi 22 juin 2007 à 05:34 • CatĂ©gorie: Histoire
Voici le 55ème chapitre de Sous l’aisselle de Bairute, roman-feuilleton en 63 épisodes. Les précédents sont consultables dans la rubrique "Histoire".
C’est l’histoire d’une ville moyenne imaginaire sous la férule d’un édile municipal mégalomane et tyrannique. Chers lecteurs, vous allez trembler à l’idée que ce cauchemar devienne réalité…

   
Cinquième partie. feu de cons.

Chapitre 55. Avec les co(n)pliments de la soldatesque.

Je plains ceux qui, comme moi-même, avaient cru en avoir fini avec cette histoire de maire-pompier pyromane-escroc aux assurances avec la complicité de son homme de mains carbonisées préféré. Figurez-vous que j’allais oublier le meilleur, le fin du fin, le plus croustillant, le plus cuit avec de la graisse brûlante de poulet fermier élevé en plein air pendant huit jours. Alors, j’ajoute au pied de cochon levé un chapitre d’anthologie qu’on lira encore dans cinq cents ans dans les bonnes rôtisseries.

N’ayez crainte, je ne vais pas vous laisser mijoter à petit feu, ni vous faire griller la saucisse. Le sombre destin que j’incarne va continuer à s’acharner sur ce brave maire de Bairute, tel le justicier invisible, tel un deus ex machina qui peut, d’un trait de plume, changer la destinée de ce héros de papier mâché même pas recyclable. Vous l’allez bientôt savoir. Je ne suis pas du genre à me répéter ou à mettre de l’huile sur le feu. Quant à faire feu de tout bois…

L’implacable guigne aveugle qui s’acharnait sur le maire ressemblait à un feu de garrigue grignotant sournoisement les buissons de myrtilles et de genévriers pendant la canicule aoûtienne. Monsieur le maire avait fait réaliser, parmi mille promesses, une nouvelle caserne de pompiers, un centre de secours ultramoderne pour couvrir les besoins de l’agglomération. Cela coûta bonbon.

Eh bien, le centre flambant neuf flamba tout court, matériels et véhicules compris. Et les dernières fumeroles du sinistre furent éteintes avec les larmes des pompiers. Qui tirèrent une gueule pas possible, qui engueulèrent salement leur patronnesse sainte Barbe. Qui savait qu’elle était infaillible seulement contre la peste et la foudre ? La plupart démissionnèrent, rien qu’à l’idée de devoir retourner dans leur ancienne caserne toute pourrie qu’ils avaient mis si longtemps à quitter.

Pour une fois, on trouva la cause de l’incendie : un vulgaire mégot, négligemment jeté par un pompier volontaire aux cheveux longs jusqu’au slip dans la corbeille à papiers en plastique moulé qui mit le feu à un panneau cartonné sur les consignes de sécurité interne. Un appel d’air plus tard, les flammèches se propagèrent de salle en salle, de véhicule en véhicule sans que les dispositifs anti-fumée et d’alerte normalisée ne fonctionnent. Tout simplement parce que le système n’était pas encore branché : trop complexe à installer. Auparavant, personne n’avait eu à gérer un appareillage ultra moderne, ultra performant et ultra informatisé.

L’affaire fit l’effet d’un coup de grisou sur les doigts du maire, pourtant réputé ininflammable et ignifugé. Après, il aurait pu s’inscrire direct dans le service des grands brûlés de l’hôpital militaire Percy à Clamart. Bairute brûlait-il ? Affirmatif mon co(n)mandant ! Moralité, il ne faut jamais jouer avec le feu, sauf à disposer de gants en amiante. Sur ce, je m’en vas chercher une boite d’allumettes. A tchao…

A suivre. Prochain chapitre : "La convocation au tribunal".


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